Crise des Gilets jaunes : images peintes de la répression policière.

L’écrivain David Dufresne, auteur de l’enquête Maintien de l’ordre (Fayard, 2013) a recensé depuis le début de la Crise des Gilets jaunes près de 500 cas de violences policières dont 202 blessures à la tête et 21 éborgnés. Dans ces conditions, affirmer que les Gilets jaunes sont victimes d’une répression policière est un truisme, voire une évidence.

Pourtant, interpellé lors du Grand débat national en PACA, Emmanuel Macron a déclaré très en colère : « Ne parlez pas de répression ou de violences policières, ces mots sont inacceptables dans un Etat de droit ». Cette petite phrase mérite quelques commentaires. Le président Macron, à n’en pas douter, connaît les « dommages collatéraux » des interventions des Forces de l’ordre placées sous la responsabilité de son ministre de l’Intérieur, alors pourquoi déclare-t-il d’une façon aussi véhémente que publique que violences et répression policières n’existent pas ?

Allons pas à pas car tous les mots ont dans cette affaire de l’importance. Tout d’abord, M. Macron se garde bien de dire qu’il n’y a pas de répression et de violences commises par les gendarmes et la police. Comment le pourrait-il alors que tous les samedis depuis 4 mois, les médias télévisés nous montrent des images de cette répression ? Si tous les citoyens sont témoins des exactions de certains manifestants, ils sont également témoins de la répression qui déborde largement le petit cercle de ceux qui sont qualifiés de « casseurs ». Il dit que les mots « répression » et l’expression « violence policière » sont inacceptables dans un Etat de droit. C’est donc une affaire de « mots » ! Le président refuse de nommer les choses par leur nom et nous pouvons comprendre pourquoi. Dans un Etat fondé sur le droit, la répression policière est illégale. La loi, en effet, réglemente l’usage par l’Etat de la Force publique et une police républicaine ne peut, à proprement parler, « réprimer ». Elle « maintient l’ordre ».

 On pinaille, on joue sur les mots, sur les nerfs. Monsieur fait son savant, celui qui connaît la constitution sur le bout des doigts. Le président donne une leçon de droit constitutionnel aux ignares que nous sommes !

Outre cette saillie présidentielle, la répression tourne au déni. Déni non des faits mais déni des mots.

Ainsi, la Crise des Gilets jaunes est-elle devenue une guerre des mots et une guerre des images.

Itvan K. Black Lines.

Pourquoi une guerre des mots ? Toujours pour les mêmes raisons. Parce que nommer les choses, c’est les faire exister. Les événements d’Algérie ont caché la réalité d’une guerre coloniale. Les forces de l’ordre et l’armée ont maintenu l’ordre avant de faire, plus tard, la guerre. L’exécutif peine à nommer la crise des Gilets jaunes ; manifestations, émeutes, insurrections. C’est selon les circonstances ; les « manifestations » ne peuvent être que « bon enfant ». Quand elles ne le sont pas ce sont des émeutes. Le glissement sémantique légitime alors le recours à la force.

Lettrage Paddy.

Les services de la communication du ministère de l’Intérieur et de l’Elysée sont à la peine. Trouver les mots pour cacher la vérité. Surtout ne pas dire que ces samedis sont des journées révolutionnaires, que c’est la politique du président de la République qui est refusée bien davantage que la Constitution de la Ve République etc. Circonscrire l’incendie du Palais d’Hiver, renommer les faits, raconter un récit alternatif.

M.Plume

Guerre des mots, guerres des images. Partout, dans tous les médias, tout le temps ! Les artistes de la rue ont donné naissance ces derniers mois à des images pour monter la répression policière. Sans avoir nulle prétention à l’exhaustivité, je prendrais quelques exemples pour essayer de comprendre quelles images ils nous proposent.

M.Plume

Les artistes, tout d’abord, ont montré les Forces de l’ordre. Le distinguo n’est pas fait entre police, CRS, gendarmerie, bac, etc. Là n’est pas l’important. Elles sont présentées constituées de guerriers sans visages, revêtus d’armures, armés d’armes redoutables, noires. Par opposition, les manifestants sont inférieurs en nombre, pas armés, le visage protégé et/ou caché par un simple foulard. De fait, les combats n’existent pas. Des David battus, humiliés, vaincus, sont dominés par des Goliath sans pitié. La Force écrase le Droit. Le fort, le faible. L’Etat, le citoyen. C’est l’exact contraire du duel qui est l’affrontement de deux duellistes de même force, luttant avec les mêmes armes. Autant le duel était-il inscrit dans un code d’honneur, autant l’écrasement par la Force est-il le symbole du déshonneur pour le vainqueur.

Deace

Les armes non seulement sont représentées mais sont devenues des sujets : les grenades de désencerclement et les lanceurs de balles de défense. La représentation des armes est symptomatique de leur importance dans les

Epsilon Poinr
Vince
Epsilon Point
Vince

Black Lines, censure acte 8 : Et la liberté d’expression, bordel !

Qui connait le boulevard Kellermann à Paris ? Levez la main que je vous compte. C’est un boulevard qui fait partie du boulevard des Maréchaux dans le 13e arrondissement de Paris. A la hauteur de la rue de la Poterne des Peupliers. Une sortie du boulevard des Maréchaux permet de pénétrer dans Paris intramuros et une voie d’accès de monter sur ledit boulevard. Vous voyez le topo ? Nous sommes à la limite de Paris, deux rues communiquent avec les « Maréchaux » qui ceinturent la ville-capitale. Un côté des deux voies est bordé d’immeubles sociaux, de l’autre, deux grands murs en forme de triangles. Comme les voies d’accès au boulevard sont réservées aux voitures, peu de piétons empruntent ces « bretelles ». Un trottoir seul est utilisé par les habitants des HLM. Les deux murs en contrebas du boulevard Kellermann sont devenus un spot de street art. Depuis des décennies, les graffeurs peignent des fresques qui sont tolérées par la Ville de Paris.

Fresque d’Ernesto Novo.

Le 24 février 2019, Itvan K.TWE et Lask TWE ont invité les artistes qui le voulaient à peindre des fresques en soutien au mouvement des Gilets jaunes. 35 artistes français et étrangers ont peint un mur de plus de 100 m de long[1]. Dès le lendemain, la presse rendait compte. Il est vrai, l’événement, le Black Lines Hiver jaune 2, a été dûment préparé et médiatisé. Le maire de l’arrondissement, en toute connaissance de cause, sollicité, avait donné son accord écrit.

Fresque d’Itvan K.TWE

Mercredi 20 mars, j’apprends que toutes les fresques ont été recouvertes par les services de la Propreté de Paris. Images surprenantes : deux employés habillés d’un gilet jaune censurent la fresque de soutien aux Gilets jaunes ! Question : que représentait donc la fresque pour être la cible de la vindicte municipale ? Des œuvres qui condamnaient la censure médiatique, des fresques qui illustraient les violences policières, des scènes représentant la victoire espérée des Gilets jaunes.

Fresque de Vince.

Essayons de comprendre. Ces fresques ont dénoncé des violences commises par la police, les excès du capitalisme, l’inaction des gouvernements successifs confrontés aux désastres écologiques, les liens entre les complexes militaro-industriels et les guerres. Bref, des positions politiques souvent reprises par les partis politiques de gauche. Et alors ? Les artistes, dans les limites fixées par la loi, ont-ils le droit de défendre des idées de gauche, dans des arrondissements dirigés par des maires socialistes, sur des murs autorisés, avec l’accord écrit du maire en personne !

« Français, vous avez la mémoire courte ». Je me souviens tout à trac de Jack Lang, alors ministre de la Culture soutenant les étudiants de la place Tien An Men, du soutien du président François Hollande aux Printemps arabes, de sa condamnation officielle du régime de Bachar El Hassan, de son soutien armé aux opposants. Tout cela est bel et bon. Pourquoi cet acharnement sur les Black Lines ? Comment expliquer qu’une municipalité de « gauche » censure l’expression d’idées qui appartiennent, somme toute, à un corpus idéologique de gauche ?

N’étant pas dans le secret des dieux, je ne peux que formuler des hypothèses. La première est la prudence d’une mairie qui a besoin et aura très prochainement besoin des voix des Parisiens modérés, Parisiens que pourraient effrayer des peintures « révolutionnaires ». Pour prendre le pouvoir, pour le garder, il faut gouverner au centre. Eradiquons l’expression des extrêmes !

La seconde est plus conjoncturelle. Le mouvement des Gilets jaunes embarrasse la mairie. Ne pas condamner le mouvement dans son ensemble pour garder un électorat populaire. Se démarquer des futurs candidats macroniens à la mairie de Paris. Surtout condamner fermement les actes de « vandalisme », les destructions, les black blocs et toute cette engeance !

Or donc, un mot d’ordre : se recentrer non sur le parti, mais sur des positions personnelles. Rassembler. Jouer un coup d’avance en préparant les futures échéances.

Politique politicienne, stratégie électorale, intérêts partisans…et la liberté d’expression ! A la trappe !

Est-il possible aujourd’hui en respectant les lois de la République de peindre une œuvre qui expriment des idées qui combattent celles de l’exécutif ? Mais que diable, qu’est-ce qui fait si peur aux puissants ? Des peintures sur des murs ? Doit-on préférer à ces œuvres des actions autrement plus violentes ? Comment les idées qui sortent du catéchisme de la pensée dominante vont-elles s’exprimer ?

Va falloir qu’on m’explique ! Pourquoi a-t-on toléré pendant des dizaines d’années des fresques de street art sur ces deux murs et pourquoi, les œuvres souvent remarquables des artistes de l’Hiver jaune ont été censurées ? Pourquoi les fresques des Black Lines sont-elles censurées pour la 8e fois ?

Me faut-il rappeler que l’Art a toujours été un exutoire et que recouvrir d’un gris anthracite les murs peints, maintes fois photographiés, est un aveu d’échec. Un échec de la démocratie. Un échec d’une expression libre.

Voltaire, Beaumarchais, Diderot, réveillez-vous, on censure en votre nom. Les Lumières vacillent ; elles sont fragiles un souffle peut les éteindre.


Fresque de Lask TWE
Fresque de Sun-C.
Fresque de Tay.(Espagne)
Portrait de Jérôme Rodriguès. Magic (Belgique)
Gilet jaune recouvrant les fresques Black Lines (lettrage de Gemo et 93 Sheed 16)

[1] Artistes : Lapin Mutant – Ernesto Novo – Paulo Reyc – Tay Aguilar Esteban – Vitalia – Bojan – Epsylon Point – Lomo Zano – Hecate Lunamoon – Vince – Lask TWE – Rebus V13 FdK – Macadam – Pour Ceux – Itvan K – Deace – Krash2 – Veans TWE – Zoyer – Resha – Kraco TWE – Gemo – Sly2 – Bot1 – Magic – Ekzit – 2M – Quiz – Aflor – Oprok – Tasp – Nemi Uhu – Marco la Mouche, avec les V13 et Sure aka Wilfrack, Gémo, 93 sheed 16

Ludo, « une grande gueule ».

L’épithète « grande gueule » n’est évidemment pas un manque de respect, pis encore une grossièreté. C’est bien sûr, plus qu’un constat, un compliment ! Je reprends pour parler de Ludovic Verhnet aka Ludo les propos qu’il tenait dans un entretien publié par le magazine Beaux-Arts en 2017 : « Je regrette qu’on n’ait pas de grandes gueules qui provoquent, qui s’expriment un peu sur nos murs. » Somme toute, Ludo regrettait-il qu’il n’y ait pas d’autres Ludo. En cela, il a cent fois raison.

Son regret, me semble-t-il, définit assez bien son projet artistique : ouvrir sa gueule non pour faire du buzz, mais au contraire, en provoquant, ouvrir un dialogue intime entre lui, l’artiste, et « celui qui voit ».

Au risque de vous décevoir, je ne réécrirai pas une fois de plus sa biographie (tous les articles qui lui sont consacrés reprennent la même bio directement pompée sur Wikipédia !), d’abord parce que vous pouvez d’un clic la trouver et plus profondément parce qu’elle n’explique pas son travail.  De plus, je me garderais bien d’avoir un avis sur toute sa production qui est d’une grande variété (collages, tableaux, installations etc.) et sur l’ensemble des sujets qu’il a abordés (par exemple son projet « co-brandind » qui est une savoureuse parodie de la publicité et une féroce critique). Je restreindrais mes observations à deux thèmes : la critique du capitalisme financier et la volonté de contrôle de la nature par l’Homme.

Collage Paris.

Bornons-nous à trois exemples : un collage de très grand format représente quatre tombes d’un cimetière. Tombes surmontées d’une plante exubérante. Les tombes sont des symboles de tombes : une dalle, une plaque affichant le symbole d’une monnaie. La livre, le dollar, le yen et l’euro, monnaies mortes (et enterrées !) constituent l’humus (voire le fumier) qui a nourri le bitcoin. Les pétales, c’est-à-dire, ce qu’on considère le plus souvent comme le plus beau dans une fleur est d’un vert « pétant ».  Passons sur ce vert qui est la signature de Ludo. Ses dessins sont gris, des gris de différentes densités, jusqu’au noir et le vert, semblable au vert fluo d’un surligneur. Notons que le vert vif de Ludo n’a rien à voir avec le vert des écologistes et qu’il n’est guère utilisé pour surligner ou sou(s)ligner un détail, jugé par l’artiste comme important. C’est une couleur qui marque l’identité de son auteur. L’emploi du vert « Ludo » est une signature visuelle, un signe de reconnaissance, une palette (blanc, gris, noir, vert) qui distingue son auteur. Un peu comme le « bleu Klein », ou le « noir » de Soulages…sauf que ça n’a rien à voir !

L’image est au demeurant simple dans sa composition et son exécution ; elle est forte comme un dessin politique de presse. Elle dit que les monnaies qui régulaient les échanges internationaux sont supplantées par une nouvelle unité de compte qui autorise tous les trafics. Une image, une seule image, fait le procès d’un système monétaire international dérégulée par la spéculation. Si le discours est complexe, la composition rend aisément lisible la domination du bitcoin sur les monnaies et son pouvoir nocif. La fleur qui éclot sur des tombes est une fleur de malheur.

Le second exemple est un décalque humoristique du billet anglais de 100 € qui n’a bien sûr jamais existé (et Brexit aidant, me semble ne devoir jamais jour le jour). Nous retrouvons les grandes dimensions du précédent exemple , dimensions qui ne sont pas pour rien dans l’intérêt que peut porter un passant à une affiche. Ludo représente un billet qui reprend la composition, non des billets de 100€, mais celles des billets de 5, 10, 20 ou 50 livres. On y voit à la place du portrait de la reine Elisabeth (jeune !), un montage d’un personnage composé d’un skull et d’une tête en forme d’ananas ; les feuilles du dit végétal sortant entre cheveux et diadème royal. Cette reine morte fait face à son semblable, une tête de mort à tête d’ananas, rigolant à s’en décrocher la mâchoire ! Curieuse allégorie d’une livre sterling, mal en point, pour ne pas dire agonisante. Comme dans l’exemple précédent, une seule image symbolise une problématique monétaire (et politique).

Un bouquet de …dollars. Toile.

Le troisième exemple est une toile. Vue de loin le sujet est bateau et la facture conventionnelle : un bouquet de fleurs. Peut-être des roses. Quand le regard s’attarde, il découvre que les fleurs sont des dollars américains soigneusement enroulés. Un jeu subtil des apparences. Derrière le tableau, ce qu’on nous montre (et par voie de conséquence, ce que l’on voit), c’est du fric, du profit. Nous pourrions faire un pas de plus, peut-être :  sous l’étalage de la beauté, il y a des affaires de gros sous ! Voire, osons tout ! Derrière le marché de l’art, il y a de juteux profits !

La comparaison des exemples est éclairante : un même code graphique, des dessins au crayon ou au fusain, un rehaut identificatoire (le vert), pas de lettrages réduisant la polysémie des œuvres. A « celui qui voit » de parcourir seul le chemin vers la signification.

Des dessins exécutés « dans les règles de l’art », un certain classicisme dans le trait pour « exposer », violemment, une problématique complexe. Une grande économie donc pour un effet destructeur maximum.

Où d’autres artistes usent, et abusent, de l’humour, les œuvres politiques de Ludo ne se contentent pas de poser une problématique, elles nous donnent (avec art) la position tranchée de l’artiste. Soyons clair, au vu de ses œuvres nous pouvons déduire que Ludo ne porte guère le capitalisme dans son cœur, pas davantage la finance, pas davantage l’impérialisme américain.

L’hélicoptère-insecte (à moins que cela ne soit le contraire!)

Ludo exprime dans de nombreux dessins une vision originale des rapports qu’entretiennent l’Homme et la nature. Pour éviter une glose dont on peut faire l’économie, prenons un exemple, mais un exemple démonstratif. Dans cet exemple, nous voyons un « engin », un objet volant non identifié, qui a des traits animaux et des traits mécaniques. Il ressemble à un hélicoptère et nos inconscients d’occidentaux ont gardé dans la rétine la scène culte du film de F. F. Coppola « Apocalypse now », où l’on voit une formation serrée d’hélicoptères de combats américains envahissant le ciel et l’image, au son assourdissant de leurs rotors, superposé à la musique de La Chevauchée des Walkyries de Richard Wagner. Ces images fortes ont évoqué un vol de gros insectes apportant le feu et la destruction. La métaphore est, dans le dessin de Ludo, poussée à sa limite ultime. Ce n’est pas l’hélicoptère qui ressemble à un insecte mais un insecte qui ressemble à un hélicoptère. La cabine de l’appareil et la carlingue sont constituées de pièces métalliques. On identifie les pales, les missiles, une mitrailleuse etc. Dans le même temps, on distingue des antennes d’insectes, des mandibules et une queue de scorpion. L’objet, à moins que ce soit un animal, est une hybridation monstrueuse entre des formes animales et le monde des objets. Des insectes dangereux (le frelon qui pique et le dard du scorpion) croisés avec des armes de guerre hautement sophistiquées.

 Le dessin n’est pas sans évoquer la science-fiction, la fantasy, un genre littéraire dans lequel tout devient possible. L’imagination étant la seule limite de l’écrivain. Comparaison n’est pas raison et cet exemple en est une brillante illustration. Ludo ne raconte pas une histoire, il ne construit pas un récit. Il donne à voir une image d’une nature transformée par l’Homme. La technologie appliquée à la nature peut créer des monstres. Les exemples sont, hélas, innombrables ! Citons les risques introduits par les OGM ou aux conséquences de l’activité humaine sur le climat. Pour décrire le rôle inédit que joue aujourd’hui l’Homme et son économie sur la planète, certains chercheurs qualifient notre ère d’ « anthropocène ». Ludo, modestement, non comme un savant mais comme un artiste, nous met en garde, de façon simple et illustrative, contre la sotte prétention de l’Homme à dominer la nature et à la transformer.

Quatre exemples tirés d’une riche production comme une introduction à l’œuvre de Ludo. Les dessins de Ludo sont d’une grande qualité plastique, il ne faut pas être grand clerc pour le voir. Mais au-delà de leur qualité intrinsèque, ils portent un discours sur le Monde. Une condamnation sans appel des excès du libéralisme et de la finance (souvenons-nous du fameux « Mon ennemi, c’est la finance » de François Hollande), une mise en garde contre la prétention des Hommes à régir la nature.

Ludo ne dessine pas seulement pour « faire beau », il est même à 100 lieues de ces artistes qui « décorent » les rues. Grande gueule, il a des idées. Son dessin est son moyen d’expression. Il est le vecteur de ses conceptions du monde. Ludo est un artiste utile, un dessin et une conscience.

Le street art à Paris : « Messieurs les censeurs, bonsoir ! »

La rue d’Aubervilliers, à Paris, est une frontière. Frontière, en ce sens qu’elle délimite deux arrondissements parisiens, le 18e et le 19e. Le côté impair fait partie du 18e, le côté pair du 19e. Une limite administrative, rien de plus. La vraie limite est géographique, c’est la voie ferrée et le pont Riquet qui l’enjambe.

Une rue qui relie Aubervilliers au boulevard de La Chapelle. Une entrée et une sortie de Paris encombrée par le mouvement pendulaire des banlieusards. Une rue atypique, le côté impair borde Les jardins d’Eole et des entrepôts dont la situation s’explique par la proximité du rail et de la route. Côté pair, quelques commerces et une longue file d’HLM. Bref, ce n’est pas une de ses rues de Paris où les chalands baguenaudent, le nez collé aux vitrines, promettant tous les plaisirs.

Après les attentats parisiens de 2015, à l’occasion de l’inauguration d’une nouvelle gare RER, un collectif d’artistes, le GFR, a invité des street artists français et étrangers à créer un événement : peindre le plus long mur de fresques en l’honneur de Rosa Parks. Les murs du pont Riquet et plus de 400 mètres du côté impair de la rue d’Aubervilliers célébrèrent Rosa Parks et les valeurs qu’elle incarne, l’égalité des droits, le refus du racisme, la fraternité. Depuis, le mur est devenu un spot de street art qui a profité de sa proximité avec le CentQuatre. Bien qu’une association gère le mur, le spot accueille librement de nombreux artistes, surtout des graffeurs mais également des « fresquistes » et des pochoiristes. Dans le petit milieu du street art parisien, le mur est considéré comme un mur « autorisé ». C’est-à-dire, un mur où le street art est toléré.

Revenons sur cette notion de tolérance. La loi française, pour faire court, autorise la peinture des murs (ou sur les murs, comme on voudra !) si le propriétaire du mur donne son accord. Dans les faits, les pratiques des street artists ont introduit plus que des nuances. On peut les regrouper en 3 cas de figure : les murs dont les propriétaires ont explicitement autorisé des artistes à peindre, des murs dont les propriétaires tolèrent les interventions des graffeurs, des murs dont l’usage est « réservé » à un crew.

Donnons quelques exemples. Les « murs peints » du 13e arrondissement résultent d’accords passés entre les bailleurs sociaux, la mairie d’arrondissement et le directeur de la galerie Itinerrance. Le long mur SNCF de la rue Ordener dans le 18e arrondissement « appartient » à un crew qui y intervient, qui peut autoriser d’autres artistes d’autres crews à y peindre. Le mur du square Karcher appartient à la Ville de Paris et est géré par l’association Art Azoï.

Tous les street artists de Paris connaissent les règles écrites et non écrites qui régissent les murs.

D’autres murs ont des statuts bâtards : ils sont en apparence libre d’accès mais la mairie qui est propriétaire des murs peut les « nettoyer ». « Nettoyer » recouvre une réalité plus triviale : des employés municipaux à grands coups de rouleau recouvrent les fresques et les graffs.

C’est là que ça devient intéressant.

 Nul ne conteste le droit de la Ville de peindre d’un beau gris anthracite ses murs couverts d’œuvres d’art urbain contemporain. Ses édiles semblent préférer les longs murs monochromes au désordre apparent des interventions des graffeurs. Ce qui interroge, c’est qui choisit de recouvrir telle fresque ou telle autre et comment est effectué le choix ?  Autrement dit, quels sont les critères qui président à la disparition des œuvres.

J’ai posé la question aux services de la propreté de la Ville qui m’a répondu par un copier-coller de la politique de l’équipe municipale en faveur du street art ! Si sur une longue période nous examinons les œuvres qui sont recouvertes et les autres, les critères sautent aux yeux. Les œuvres qui ne sont pas « politiques » sont « épargnées » alors même que les propriétaires des murs n’ont pas donné leur accord[1]. Les fresques politiques, sans que cela soit systématique, sont recouvertes.

La fresque de TWE crew de la pointe de Poulmarc’h recouverte. Comme celles de rue Noguères. Hasard ? coïncidence ? me direz-vous. Voire.

J’ai déjà évoqué dans mes billets les initiatives de deux membres de TWE crew, Itvan K. et Lask. Sur un mur donné, à une date donnée, sur un thème qu’ils choisissent, en imposant un code couleur, ils invitent les street artists à les rejoindre pour une « jam » d’une journée. Ces réunions d’artistes militants sont une variation des collectifs d’artistes de Mai 68 et des « brigadas » chiliennes. Elles sont en quelque sorte non pas le « bras armé » des luttes sociales et politiques mais l’active participation des artistes de rue aux combats des « travailleurs ». Ces événements sont baptisés les Black Lines. En quelques mois, plusieurs Black Lines ont été organisés, à Paris, à Marseille, à Nantes. Les thèmes sont d’une brulante actualité : la critique du libéralisme, la convergence des luttes, les violences policières, le soutien aux Gilets jaunes. En moins d’un an, plus de 100 artistes ont participé aux Black Lines.

Après avoir organisé déjà deux Black Lines rue d’Aubervilliers, les leaders de ce qu’il convient d’appeler un mouvement, ont décidé de consacrer un Black Lines pour soutenir les Gilets jaunes. La presse régionale et nationale a rendu compte de l’événement en mettant l’accent sur les portraits de Christophe Dettinger, le boxeur de CRS, sur ceux des victimes des tirs de LBD et de grenades, sur les revendications de justice sociale exprimées par nombre de Gilets jaunes. Quelques jours après le Black Lines, titré Hiver jaune, les fresques ont été recouvertes à l’exception de la peinture d’un personnage de dessins animés dont on a supprimé le phylactère subversif, d’une vision en plongée dont la signification hors contexte n’est guère possible. La très remarquable scène peinte par Ernest Novo représentant une famille réunie autour d’un téléviseur affichant en lettres noires sur fond jaune « Révolution » a été conservée, sauf l’écran de télévision et le mot honni, « révolution ».

D’autres œuvres n’ont pas subi des employés municipaux les funestes outrages, ce sont les graffs d’Estim représentant des portraits des joueurs de l’équipe de football du PSG ! Nous avons un indice sur les peintres en bâtiment : ce sont des supporters du PSG !

Le nettoyage a été sélectif : toutes les œuvres ayant un contenu politique ont été recouvertes. La conservation pendant plusieurs années d’œuvres peintes sur des murs « interdits » et le « nettoyage » rapide des fresques politiques n’a rien à voir avoir la Propreté de Paris. Mais tout à voir avec la censure.

Une censure évidente, presque drôle. Une censure qui de plus ne sert à rien. Les acteurs de cette censure qui ne dit pas son nom réfléchissent comme les publicitaires du 20e siècle : pour provoquer l’acte d’achat, il faut que le citoyen-consommateur voit le plus grand nombre d’affiches, de spots télévisés etc. Ils n’ont pas intégré que les photographies des fresques « tournent » sur les réseaux sociaux à la vitesse d’Internet ! En quelques heures, la peinture encore fraiche, les reproductions des œuvres sont mises en ligne et partagées de centaines de fois. Ces images, en libre accès, peuvent être imprimées, diffusées dans le monde entier, sans passer pour autant sous les fourches caudines des régulateurs du Net. Les smartphones qui photographient qui, en direct, mettent en ligne des images. Des appareils photos connectés qui peuvent mettre en ligne quasi immédiatement des photos ou des films. Le monde a changé, pas toujours en pire, et la censure, toutes les censures, sont devenues de plus en plus complexes à mettre en œuvres. Seuls les Etats autoritaires disposent des moments technologiques pour imposer une censure au prix d’une mobilisation considérable de moyens techniques et humains.

Le street art vit dans un entredeux réglementaire et une pratique « deux poids, deux mesures » dont il faudrait sortir. Les street artists acceptent le côté éphémère de leurs œuvres comme la condition non dite de l’art dans la rue. C’est même la « fragilité » des œuvres qui en fait le prix. L’art urbain n’aspire pas à la patrimonialisation, ni à la leur « conservation » dans des musées, mais il revendique, à juste titre, une liberté d’expression bornée par des limites explicites.

Au lieu de mobiliser des camionnettes et des employés municipaux, censeurs aux petits pieds, les puissants devraient plutôt organiser la libre expression des idées en appliquant l’arsenal législatif qui la régit et qui est amplement suffisant pour empêcher les dérives et les excès.

Une censure cachée ouvre la voie aux pires supputations, au développement de théories du complot, aux élucubrations les plus fantaisistes. Notre démocratie est-elle si fragile qu’elle ne saurait supporter quelques images ? Des images certes qui ne rentrent pas dans les cases du bien-penser de droite comme de gauche. Raison de plus pour que les idées trouvent un moyen d’expression sur les murs de nos villes.


[1] A titre d’exemples, les fresques de la rue de L’Ourcq peintes sur des murs de la SNCF, les fresques de la rue Germaine Tailleferre peintes sur des murs de la Ville.

La fresque d’Ernesto Novo censurée. Photographie R.Tassart. 7 mars 2019.

Fresque d’Ernesto Novo pour Black lines, Hiver jaune 1. Photo RT

Fresque de KracoTWE pour Black lines, Hiver jaune1. Photo RT

Fresque en partie censurée. 7 mars 2019.Photo RT

Fresque pour dénoncer les dangers de l’utilisation des lanceurs de balles de défense. Censurée. Photo RT

Fresque d’Itvan K. TWE crew, censurée. Photo RT

Fresque censurée.

Portrait de Durringer, le boxeur.censurée. Black lines Hiver jaune 1. Photo RT

Fresque de Durringer. Censurée. Black lines Hiver jaune 1. Photo RT

Fresque pour Black lines, Hiver jaune 1. censurée. Photo RT

Freesque pour Black lines Hiver jaune 1. Censurée. Photo RT

Fresque de B. Boy. Censurée. Photo RT

Pochoir et graff d’Estim, joueur du PSG, pas recouvert.

Graff d’Estim. Pas recouvert. Comme la quasi totalité des portraits des joueurs du PSG. Photos RT

Delicious brains au Mur Oberkampf. Des images sous-titrées.

L’association le M.U.R. invite toutes les deux semaines des artistes à peindre le mur, spot désormais incontournable des Parisiens amateurs de street art. Dans la seconde semaine d’un janvier 2019 froid et pluvieux, un artiste dont j’ignorais tout, y compris le nom étrange a peint une fresque qui, m’a interrogé. A l’aide de quelques photographies, je vous invite à découvrir une oeuvre forte, hermétique au premier abord, belle et étrange.

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La fresque est entourée de noir : le noir des nuages en forme d’arc, le noir de ce qui est sous le « tapis » de verdure. Nuages et déchets cernent une allégorie dont l’actrice principale, le sujet de l’oeuvre, reprend  les couleurs sombres, des gris et des noirs. La forme humanoïde située dans un point fort de la composition est composite : elle est constituée de maisons, de pierres, d’éléments d’architecture urbaine bizarrement agencés. Cet être sans visage est enchaîné et ses pieds sont des chars d’assaut peints d’un vert tout militaire. L’être hybride entouré de dragons soulève le « tissu » végétal pour glisser « sous le tapis ce qu’elle veut cacher. 

Le monstre urbain n’a pas « figure humaine ». Le visage est un trou dans lequel nous voyons des « objets » technologiques, peut-être, qui concourent à mettre l’accent sur l’inhumanité de la créature. Cet empilement grotesque issu du « sous-sol » est une image fantasmée de la Ville, Une « Ville monstre ».


La Ville est encadrée par deux dragons volants. En fait, de drôles de créatures : un corps de serpent, un livre ouvert en guise d’ailes. Un petit personnage chevauche le dragon. Un uniforme de soldat qui renvoie aux tanks des pieds. C’est un squelette animé de vie qui aiguillonne cette Bête tirée de l’Enfer de Bruegel.

Un second dragon, sur le côté gauche de la Ville fait pendant. La mort rôde. Elle entoure la Ville, la cerne, renforçant la thématique de la monstruosité et de la mort.

La Ville, monstre dressé et menaçant comme un Godzilla tout droit sorti des imaginaires de cinéastes de séries B, détruit une nature baignée dans une lumière de rêve, un paysage fait de montagnes, de palais, de souriantes constructions et de palmiers. Les jaunes, les verts et les orangés dominent dans un paysage essentiellement naturel qui intègre les maisons des Hommes.

La Ville monstre cache ses morts sous le tapis riant d’une ville paradisiaque.

Delicious brains nous donne à voir une version moderne des allégories médiévales. La Ville, toutes les grandes villes, sont inhumaines, nous dit l’artiste. Elles sont aussi des monstres criminels qui cachent leurs victimes à la vue. L’artiste, joliment, peint une scène d’apocalypse. Une fable écologique.

La profanation : le vol du pochoir de Banksy.

Le 26 janvier 2019, tous les médias nationaux et internationaux sont en émoi, on a volé la porte de secours du Bataclan !

Sur Twitter, l’équipe de Bataclan annonçait : « L’œuvre de Banksy, symbole de recueillement et appartenant à tous : riverains, Parisiens, citoyens du monde nous a été enlevée ». Moult détails du casse étaient donnés : la porte découpée à la disqueuse, l’œuvre embarquée dans une camionnette blanche, le déclenchement de l’alarme, l’arrivée de la police à 4H30 du matin, l’ouverture d’une enquête pour « vol avec dégradation », pour le vol de la porte !

A dire vrai, ce n’est pas la première fois qu’un pochoir de Banksy peint dans la rue est « volé ». Tout au plus, le « vol » est annoncé par quelques lignes dans la presse. Dans le cas d’espèce, l’écho du vol d’un pochoir de Banksy sur une porte a atteint des sommets dans la médiatisation. Il m’a semblé intéressant d’interroger le traitement par la presse de ce fait divers et les vagues d’indignation qui s’ensuivirent.

La première question à laquelle il convient de répondre est de savoir si le pochoir fait sur la partie extérieure de la porte de secours du Bataclan est de Banksy. L’œuvre est apparue en juin 2018 et elle a été réalisée à la peinture blanche au pochoir sur un fond noir. On voit un enfant, je pencherais pour une petite fille, la tête inclinée vers le sol dans une posture de recueillement, la tête couverte d’une voilette. Tout évoque l’affliction et le deuil.

L’œuvre n’est pas signée mais elle est attribuée à Banksy. L’artiste ne signe jamais ses œuvres mais la technique, le pochoir, et la nature de l’œuvre même est bien dans la veine d’autres pochoirs de l’artiste anglais.

Pour éviter que des gogos se fassent avoir par de faux Banksy, Banksy a créé le « pest control » qui « certifie » les œuvres. Par ailleurs, la publication sur le site Internet officiel de Banksy d’une image des œuvres vaut certification. Dans le cas présent, pas de certification par le « pest control » ni de publication sur le site. L’attribution est en conséquence incertaine, mais là n’est pas le point qui m’interroge. Je considérerais donc que l’œuvre est un pochoir de Banksy, jusqu’à la preuve du contraire !

Mes chers confrères sont allés vite en besogne en recoupant les dates de présence de Banksy à Paris, la peinture au pochoir en juin 2018, et ont conclu que l’œuvre était un hommage de l’artiste aux victimes de l’attentat du 13 novembre 2015. Dans la foulée, mes très chers confrères, ont également attribué la phrase écrite sur le panneau de bois remplaçant provisoirement la porte (You can win the rat race but you’re still a rat) à Banksy alors qu’on s’interroge sur l’auteur de cette petite phrase devenue culte mais que de toute évidence ce n’est pas Banksy ! (La confusion vient certainement de l’existence d’un pochoir récurrent de Banksy, le rat anarchiste). J’ai un peu de peine à imaginer que le célèbre artiste, après le vol de la porte et après la pose d’un panneau pour remplacer la porte dérobée soit venu d’Albion, la perfide, nuitamment, avec un mauvais feutre, écrire cette phrase d’un autre que lui. Mes confrères pour donner plus de poids au fait divers ont d’autre part affirmé : « cette image saisissante avait trouvé sa place dans l’histoire récente de la capitale, devenant un support de mémoire autant qu’un symbole de résistance. »

Comme beaucoup j’ai appris l’existence de ce pochoir à l’occasion du vol de la porte ! Bref, d’approximations en conjectures, d’emphase en exagérations, la presse a mis en récit une suite d’erreurs et d’invraisemblances.

Bon prince, je vais considérer que le pochoir est de Banksy (quant à la fameuse petite phrase, non, je considère que c’est un clin d’œil d’un fan de Banksy insuffisamment renseigné). Pourquoi de telles vagues pour une œuvre de Banksy ?

Les voleurs ont dérobé une œuvre parce qu’ils considéraient qu’elle avait une valeur. Une valeur sur le marché noir, comme l’œuvre blanche sur fond noir. L’émotion suscitée par le vol n’est pas en rapport avec la valeur du vol, genre « un transporter de fonds a volé treize millions d’euros ». Elle a été générée par le fait qu’un hommage d’artiste aux morts du Bataclan ait été dérobé.

Nous entrons là dans un système d’explication qui n’a pas grand-chose à voir avec un pochoir et avec Banksy mais qui a tout à voir avec le respect qu’on doit aux morts et aux lieux qui y sont attachés.

Le respect dû aux morts a-t-on l’habitude de dire. Comme si le respect des morts, des tombes dans un cimetières par exemple, était un devoir. Un devoir moral traversant toutes les cultures et tous les codes sociaux. La sociologie, l’ethnologie, ont beaucoup à dire sur le culte des morts tel qu’il existait dans toutes les sociétés et civilisations du passé et tel qu’il existe encore aujourd’hui, en France, en 2019. Un culte qui revêt de nouvelles formes mais qui, à l’occasion, se manifeste.

A ce propos, un entrefilet récent dans la presse, a retenu mon attention. Il s’agissait d’un entretien entre un journaliste et un homosexuel qui parlait d’un carré dans le cimetière du Père Lachaise qui est un lieu de rencontre pour les gays. Il disait (je le cite de mémoire), « on se rencontre dans le cimetière, mais on fait pas ça sur les tombes ». Mon mauvais esprit m’a soufflé que, à vrai dire, cela ne les dérangerait pas outre mesure les voisins du dessous. Plus sérieusement, ce tabou illustre à mon sens, une déclinaison moderne du culte des morts.

Alors Banksy ou pas Banksy ? peu importe. On trouve dans les musées du monde des milliers de tableaux qui sont de fausses attributions. C’est l’écho d’un fait divers somme toute mal étayé, qui révèle nos croyances les plus secrètes et les plus fondamentales, mal cachées, et qui parfois, émergent.

Le pochoir de « Banksy » peint sur la porte de la sortie de secours du Bataclan. En surimpression, le texte publié par l’équipe du Bataclan après le vol de la porte.
La porte de secours du Bataclan peinte par Banksy(?)