L’humour court les rues

J’ai déjà consacré plusieurs chroniques aux « petites œuvres ». J’entends par là les pochoirs, les collages, les fresques modestes qui donnent tant de sel aux promenades urbaines.
Ces œuvres abordent des thématiques fort diverses : au premier chef, la politique et les questions de société (l’écologie, les revendications féministes, la dénonciation des inégalités etc.). Elles témoignent aussi de l’actualité la plus brulante. En ce sens, les « petites œuvres » sont des journaux du temps qui passe, des dazibaos.
En fait, la variété des sujets est confondante et participe du charme de la découverte des œuvres dans l’univers urbain.

Un thème a retenu mon attention dans cette chronique : l’humour. Ma démarche est de cerner quelques ressorts de ces œuvres.
Les tuyaux sont une source d’inspiration et de créativité pour nos artistes.

Un tuyau qui s’échappe d’un mur devient le museau d’un monstre ou la trompe d’un éléphant. Un réseau de tuyaux est transformé par la représentation d’un personnage en un archaïque téléphone. Un tuyau horizontal intégré dans un entrelacs de tuyaux est, lui, transformé par la grâce d’un enfant, en télescope ! Le tuyau devient réverbère et évoque la scène d’anthologie du film musical de Stanley Donen « Chantons sous la pluie ». Des tuyaux coulent des liquides visqueux et des cœurs. Le tuyau devient le mât d’un pigeonnier, ou une barre pour la gymnastique. A moins qu’il ne devienne un serpent de fantaisie ou un sucre d’orge.

Comme on le voit, les artistes s’emparent de l’environnement urbain pour créer des scènes qui ont deux objectifs, étonner et distraire.

D’un point de vue plus général, tous les objets peuvent être « détournés » par les street artistes, une baignoire trainant sur un trottoir, les diverses plaques apposées sur les murs de nos villes. Tout est prétexte à invention. Même les trous dans des murs ! Les trous deviennent des cachettes dans lesquelles sont tapis des animaux. Un vieux mur au relief cabossé est une source stupéfiante de créativité.

J’aime dans ces « petites œuvres » non seulement l’invention des artistes mais également la démarche artistique. Les artistes détournent pour les badauds les choses de la rue pour les offrir. C’est pour le plaisir. Le plaisir de l’artiste. Le plaisir du « regardeur ». C’est cadeau !