Pascal Boyart, la Joconde dénudée

Pascal Boyart, alias P.Boy, a peint dans le tunnel des Tuileries une Joconde mais une Joconde dénudée.
Le lieu est singulier. Le tunnel des Tuileries est situé sous le quai François Mitterrand, le long de la Seine, sur la rive droite. Ce tunnel long de 861 mètres, suite à la fermeture à la circulation de la voie George-Pompidou est désormais réservé aux piétons et aux cyclistes. Il est devenu une gigantesque galerie de street art, une référence reconnue dans le monde entier.
C’est dans ce lieu, sous le Louvre, que Pascal Boyart a peint une Joconde dénudée.

©P.Boy/©Brigitte Trumet ©P.Boy/©Brigitte Trumet

Le titre que l’artiste a donné à son œuvre n’est pas sans rappeler la très fameuse « Maja nue » de Goya, tableau caché grâce à un mécanisme secret derrière son double habillé. L’œuvre par son audace peinte en 1790 et 1800 a bien failli mener l’artiste au bûcher.
La Joconde dénudée n’a pas cette audace et apparait comme le pendant de la Joconde de Léonard de Vinci exposée au Louvre. Le tableau de Léonard est, sans conteste, l’une des œuvres d’art les plus célèbres du monde. Elle est aujourd’hui l’objet d’art le plus visité au monde avec plus de 20 000 visiteurs qui viennent l’admirer quotidiennement et le photographier. La représentation de Mona Lisa est devenue une icône.

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Je connaissais le talent de P.Boy et ses nombreuses références aux grandes œuvres classiques.
Pour mémoire, souvenons-nous des Trois grâces inspirées de Raphaël, du Radeau de la Méduse de Géricault, du Désespéré de Courbet, de la Liberté guidant le peuple de Delacroix. Ces exemples ont un point commun : ils s’inspirent d’œuvres iconiques pour les détourner.

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La comparaison des deux œuvres ne manque pas d’intérêt.
Pascal Boyart reproduit le vêtement des dames de la haute bourgeoisie florentine du 16ème siècle : la guarnacca, la robe principale formant le premier plan du tableau de Léonard, le velo, le voile symbole de vertu et de modestie pour les femmes mariées, la camicia, la chemise, un vêtement de lin blanc porté directement sur la peau, les marches amovibles, le plus souvent attachées à la robe par des rubans.
A ceci près qu’il ne peint pas le voile couvrant les cheveux, pas davantage la chemise, pas davantage les manches amovibles. Autant de marqueurs d’une singularité de l’œuvre de Pascal Boyard. Ce n’est pas une copie fidèle de la Joconde mais une œuvre originale qui est résolument centrée sur le dénuement du buste d’une Mona Lisa moderne.

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De la même manière, P.Boy se démarque de l’œuvre originale par la posture de la Joconde.
Les mains ne sont plus posées l’une sur l’autre, mais cachent pudiquement les seins. Si l’artiste garde la succession des plans, il encadre son œuvre de deux colonnettes et substitue au paysage constituant le décor, une représentation d’un Paris contemporain. Il garde la pose, une vue de trois-quarts face, le regard de la jeune femme qui fixe le « regardeur », la robe en respectant tant soit peu l’harmonie colorée.
A la réserve de la belle florentine Lisa Gherardini, modèle probable de la Joconde, à sa pudeur et à sa retenue, il oppose la provocation et l’érotisme discret de sa belle parisienne.

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Si la référence à la Joconde de Léonard relève de l’évidence, il serait excessif, me semble-t-il, de définir la fresque de Pascal Boyart comme un pastiche. Certes, la Madone dénudée est une « image qui emprunte consciemment son style, sa technique ou ses motifs à d’autres œuvres d’art, sans toutefois en être une copie directe » mais la fresque n’est pas satirique et n’est pas une caricature. C’est à mon sens, un clin d’œil amusé qui joue sur la mémoire qu’a le « regardeur » de la Joconde de Léonard et le portrait d’une femme de notre temps, belle et fière.

Merci à Brigitte Trumet qui a eu la gentillesse de m’autoriser à reproduire ses photographies.

©P.Boy/©Brigitte Trumet