Co VIDE. 5 espaces cachés de José Manuel Ballester.

Cinquième semaine de confinement. La Grande faucheuse qui marque le pas en Europe continue de s’étendre dans plus de 200 pays. Déjà plus de 120 000 morts. A l’horizon de quelques semaines, on voit poindre le déconfinement et aussi un monde qui ne sera plus jamais comme avant. Peur, mort, ennui, espoir se mêlent. Les artistes dans leurs œuvres rendent compte du monde tel qu’il va. Et il va mal.

Dans les milliers de publications diffusées sur les réseaux sociaux, depuis le début du confinement, je me suis intéressé à la traduction de la mort dans les œuvres d’« art confiné ».

Mon premier étonnement a été la retenue des artistes. Paradoxalement, les nombreux attributs de la mort qui sont d’ordinaire un thème récurrent du graffiti, ont disparu. Les skulls, les squelettes, les cadavres décomposés, les corbeaux, les morts-vivants, les nuits sans lune etc. sont légion, dans certaines cultures plastiques plus que dans d’autres. Pourtant, les images de nos téléviseurs tous les jours, parfois à jet continu, nous montrent des malades dans le coma reliés par des tuyaux à des machines, des fosses communes dans lesquelles on empile les cercueils, des morts jonchant les rues, des familles endeuillées qui crient leur douleur, des enterrements sans les rituels attachés à la mort d’un être cher. Bref, les images sont effroyables et provoquent l’effroi.

Les artistes, consciemment ou inconsciemment, ont occulté ces images mettant en avant la conséquence de la mort, l’absence.

J’en fournirai un exemple, atypique mais édifiant. Le peintre espagnol José Manuel Ballester recrée des tableaux célèbres en en enlevant les personnages. Leur publication pendant la crise du Coronavirus prend un sens particulier.  Les Hommes absents du monde, le monde est vide.

J’ai choisi 5 des tableaux de la série « Espaces cachés » de Ballester. Ils représentent des œuvres emblématiques de grands noms de la peinture classique : Vélasquez, Goya, Léonard de Vinci, Botticelli, Vermeer. L’artiste a supprimé toutes les représentations des Hommes (y compris les reflets dans les miroirs !). Reste le décor.

L’émotion est vive à voir ces œuvres « immortelles » appartenant sans conteste au patrimoine culturel de l’humanité, vides, sans les Hommes, au sens littéral, sans humanité.

Entre les personnages et les relations avec le décor. Je veux dire par là qu’il est bien difficile d’isoler Vénus de sa coquille ou Diego Vélasquez qui peint les Ménines de l’énigmatique grande pièce du palais du roi Philippe IV. La séparation des personnages du décor introduit un mystère, où sont les personnages. À la lumière du contexte actuel, nous induisons qu’ils sont morts.  Sans eux, le monde n’a pas de sens et que le plus important, sans que nous en prenions toujours conscience, ce sont les Hommes.

Dans ces quelques images, il y a un discours sur la disparition de l’humanité et également sur l’art. Sans personnages, les tableaux n’ont guère de signification. Ce sont bien les personnages qui sont les sujets des œuvres, qui leur confèrent un sens. Le décor est à ranger au rang des accessoires. Il reprend son sens premier de « parure et d’ornement » ; il met en valeur le sujet.Et le sujet c’est l’humain.

José Manuel Ballester a peint ces tableaux entre 2007 et 2010 et son projet artistique n’était pas lié à un contexte particulier. Vues aujourd’hui, les œuvres se chargent d’une signification particulière et semblent illustrer une période marquée par la mort et la disparition. Un exemple explicite de l’idée selon laquelle la signification des œuvres dépend du temps du regardeur.


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