Icônes hollywoodiennes

J’ai consacré plusieurs chroniques au portrait dans le street art. Souffrez, chers lecteurs, que j’y consacre un nouveau billet !

Le portrait est sans conteste le genre le plus abordé par l’art urbain contemporain. En fait, le genre est d’une extrême diversité et ses significations sont fondamentalement différentes.

Des portraits bien particuliers ont récemment attiré mon attention. Ils représentent des personnages de blockbusters américains. On y trouve des personnages tirés de films d’horreur et de films mettant en scène les superhéros de DC Comics et de Marvel. Ces personnages sont devenus des icônes modernes.

Que nous disent ces icônes du street art ?

Elles sont, tout d’abord, sélectionnées en fonction de la peur qu’elles sont censées produire chez le spectateur. Principaux personnages incarnant la violence, voire l’hyperviolence, ils ont une très forte identité graphique. Le plus souvent, la fresque représente la scène culte du film. Un focus est effectué sur son visage associé à « l’arme du crime ». En fait l’icône c’est le visage (ou le masque).

Les artistes ont deux manières d’aborder la représentation des Méchants : la copie du modèle filmique, plus ou moins réaliste, l’interprétation qui est une variante par rapport aux modèles, une variante proche de l’original pour que la référence soit explicite.

Il est singulier que les héros de notre temps soient les monstres criminels d’Hollywood. Reproduire le portrait archi-connu d’un Méchant est une manière pour le street artiste d’hériter un peu de sa renommée !

L’enseignement essentiel que je tire porte sur la création d’images iconiques dans le monde. Un constat s’impose : ce sont les blockbusters étatsuniens qui créent la plupart des icônes modernes. Les productions américaines inondent le monde et génèrent une culture populaire globalisée.  

Le street art pourtant créateur de tant d’images n’est pas un média de masse. Cela s’explique par ses caractères : il est éphémère et circonscrit dans un lieu, sa diffusion reste circonscrite à un cercle d’amateurs avertis.

Je ne vois qu’une exception à cette règle : les œuvres de Banksy. Encore faudrait-il nuancer ! « La petite fille au ballon » est aujourd’hui une icône pour d’autres raisons que son intérêt artistique. Par ailleurs, le rayonnement de l’œuvre n’est en rien comparable aux visages des Méchants d’Hollywood.

Le street art porte témoignage d’une culture qui s’est mondialisée au même rythme que les échanges commerciaux. Cette culture globalisée est dominée par les productions américaines comme les Etats-Unis dominent l’économie mondiale. Les cultures nationales sont impactées par les médias étatsuniens ; elles sont en concurrence dans une lutte pour leur survie.