Figures du virus.

Pendant les mois d’avril et mai, dans ma thébaïde parisienne, j’avais, dirons-nous, quelque loisir. Attentif aux images des murs du monde, j’eus alors l’idée de compiler toutes les représentations du coronavirus directement responsable de mon confinement. J’avais élaboré un programme de travail et même une hypothèse que je comptais bien valider. Le premier temps était celui du recueil des images et de leur classement ; le second examiner l’incidence des cultures autochtones sur la représentation du virus. La première partie qui tient de la récolte s’est résumée en une série frénétique de clic et de rangements dans des dossiers dûment répertoriés. Quant à la seconde partie, ce fut un fiasco. En ce sens, qu’il était impossible de distinguer les différences culturelles en se fondant exclusivement sur les représentations du virus.

Plusieurs raisons peuvent l’expliquer. Ma recension était incomplète. Les images qui ont circulé sur les réseaux sociaux venaient très majoritairement d’Europe et des Etats-Unis. Sans prétendre être exhaustif, il eut été intéressant d’avoir des images des œuvres peintes ailleurs, en Afrique, en Asie et en Amérique du sud pour le moins.

Les premières fresques représentant le virus ont imposé extrêmement rapidement une image du coronavirus qui s’est répandu sur la Toile comme une…pandémie. Le « modèle » premier a été suivi de déclinaisons et de variantes mais, une fois définie, la forme du virus s’est imposée comme la seule possible.

Revenons au point de départ, à l’origine de l’histoire de la représentation du virus. D’abord a été diffusée dans le monde entier semble-t-il une image numérique du virus. Cette image a été suivie de représentations-sœurs qui reprenaient les traits principaux du « pseudovirus ». Les médias ont popularisé ces images du virus, images souvent confondues avec des photographies scientifiques.

 En quelques semaines, pour les milliards d’habitants de notre bonne vieille Terre, le virus avait une forme et une seule : une sphère entourée de prolongements, comme de petits tentacules. Difficile ensuite pour les street artistes de proposer d’autres formes.

Le fait qu’une seule image se soit « propagée » est, en soi, instructif. Une preuve supplémentaire s’il en fallait que notre monde est un village[1] et que les nouvelles vont vite. Une preuve également de la puissance donnée à la science.

Bref, en moins d’une semaine, notre virus avait une forme universelle, non sujette à interprétations. Les cultures locales se sont cassé les dents sur l’image « scientifique », donc réelle, du virus.[2]

Les thèmes développés par les street artistes tournent autour de trois sujets : la lutte de l’Homme contre un monstre qui le menace, l’hécatombe, la dérision et l’humour.


[1] Allusion au livre « La galaxie Gutenberg » de Marshall McLuhan, 1962.

[2] On notera que nous ignorons la forme des autres virus, comme celui de la grippe.

Dans le combat de l’Homme contre le virus, le plus difficile à représenter est le monstre-virus. Il s’agit de garder la forme-référence considérée comme canonique et d’ajouter les attributs classiques de l’horreur. Pour cela, les artistes n’ont guère hésité à personnifier le virus : il a un visage et c’est son corps qui reprend le modèle de référence. Les Hommes qui l’affrontent ont les formes des héros modernes issues du monde des superhéros de Marvel ou de DC Comics. Constatons au passage que les superhéros, via la bande dessinée et les blockbusters étatsuniens, ont envahi les imaginaires du monde entier. A contrario, d’autres artistes ont opposé la démesure de la menace à la fragilité des soignants. Le monstre-virus est menaçant et terrible mais les Hommes, en blouse blanche, fragiles, défient le monstre.

Pour représenter la mort des Hommes, je m’attendais à trouver des images qui, moi, m’ont beaucoup frappé, celles de ces malades intubés, le corps relié à des machines par des tuyaux. Malades plongés dans un coma artificiel, comme un prélude de la mort. Ce qui a frappé les artistes est le caractère mondial de l’épidémie, la pandémie, et l’hécatombe. Une planète entière couverte de morts symbolisés par la croix et les bâtonnets du comptage qu’on ajoute jour après jour, à la suite infinie. Bien sûr, le skull, figure récurrente de la mort est conjuguée avec la forme du virus.

Quant à l’humour, il est multiforme. Du virus devenu personnage de bandes dessinées qui parle, à une collection de virus aux formes drolatiques et saugrenues en passant sur la relation entre la forme ronde du virus avec des ballons, des gouttes de pluie sur un Londres pluvieux. Les versions politiques dénoncent la gestion de la crise sanitaire par le président Trump et la possible origine chinoise de la pandémie.

Bref, au caractère pandémique de la propagation du virus a correspondu d’abord un modèle qui a servi de référent graphique et un « traitement » qui a renforcé les thèmes abordés par les médias nationaux : l’hécatombe actuelle et la future, le courage des soignants et le respect que nous leur devons. Devant le tragique d’une situation gravissime, les street artistes n’ont pas vraiment eu le cœur à rire. Massivement, ils ont inscrit leur message dans le droit fil des discours dominants : incitation à respecter le confinement, respect des gestes-barrière, respect et reconnaissance des soignants, horreur de la situation.

 Confinés eux-aussi, la production des artistes a été décalée par rapport à l’épidémie. Soit les œuvres ont été peintes avant, soit elles l’ont été après. Ce déphasage entre l’actualité de l’épidémie et la production des œuvres reste un caractère original de la période. Bien peu de street artistes ont instruit le procès du politique de manière frontale (la reconnaissance du courage des soignants est une condamnation de la gestion nationale des hôpitaux).

Longue parenthèse du confinement, écart entre production des œuvres et épidémie galopante, horreur absolue de la maladie, désespoir des familles endeuillées, couverture des médias, tout semble avoir été dit et montré. Il est temps de tourner une page.

La mort de George Floyd, les émeutes urbaines, la lutte pour la justice et contre les violences policières, aux Etats-Unis et ailleurs, ont allumé d’autres incendies. Resurgissent alors les fantômes du passé, l’esclavage, la colonisation, le racisme. L’heure n’est plus au confinement mais à la lutte.

Bien que la pandémie flambe ailleurs et continue à tuer les gens par centaines de milliers, bien contents d’avoir survécus, nous avons hâte de retrouver notre vue d’avant. Le bonheur, c’est maintenant ! Cachons ce qui nous a fait tant de mal. Nous avons regardé la mort dans les yeux et nous avons eu peur. Pour vivre, il faut oublier l’horreur. Un oubli nécessaire.


8 min 46 sec.

8 minutes et 46 secondes, c’est la durée de l’agonie de George Floyd. Le 25 mai 2020, lors d’un contrôle de police à Minneapolis dans le Minnesota, un policier blanc, Derek Chauvin, maintien son genou sur la nuque de George Floyd pour, avec trois autres policiers, l’immobiliser. La scène se déroule en plein après-midi et plusieurs témoins assistent à l’interpellation. Ils disent avoir entendu George Floyd crier à plusieurs reprises : « Please, I don’t breathe ». Une adolescente noire de 17 ans, Darnella Frazier, qui allait faire des courses dans une épicerie du quartier, filme avec son smartphone la mort de Georges Floyd et met en ligne sur Instagram une vidéo d’une dizaine de minutes.

La réaction des Américains est un cri de colère devant la mort d’un Afro-Américain par un policier blanc. Un mort de plus, un mort de trop. Des manifestations réunissent Blancs et Noirs dans les grandes villes américaines jusque sous les fenêtres du Président. Trump, sans un mot de compassion pour la victime et sa famille, soutient sa police, blâme les gouverneurs de ne pas être assez fermes dans la répression des émeutes, menace de faire intervenir l’armée. L’indignation gagne à la vitesse d’Internet le monde entier, du moins les pays dont les citoyens ont un libre accès aux réseaux sociaux.

Le journal Libération du 8 juin 2020 titre en « Une » : « Violences policières : colère planétaire. De Londres à Sydney, en passant par Rome ou Paris, les manifestations contre le racisme après la mort de l’Américain George Floyd ne cessent d’essaimer ». Des centaines de milliers de manifestants partagent la colère des Américains qui ont la conviction qu’il en aurait été tout autrement si George Floyd eut été Blanc. L’interpellation « ayant entraîné la mort »,  pour reprendre l’expression du journal Le Monde,  devient un crime, un assassinat, un meurtre raciste. La qualification par la justice américaine « d’homicide involontaire » retenue contre Derek Chauvin seul ne met pas un point final à la colère de la communauté afro-américaine.

La mort de George Floyd émeut le monde entier. Pour preuve en à peine 15 jours, la pétition en ligne réclamant justice pour George Floyd semble être aujourd’hui la pétition la plus importante jamais signée (plus de 17 millions de signatures). Ce qui est devenu une « affaire » réveille d’autres « affaires » de violences policières ayant un caractère raciste. En France, la mort d’Adama Traoré, jamais élucidée, réunit dans la rue plus de 20 000 personnes alors que les manifestations sont interdites. Non seulement les violences policières sont condamnées mais d’aucuns instruisent le procès en « racisme systémique » de la police française, alimenté par les avis du Défenseur des Droits et la découverte de groupes Facebook constitués de gendarmes et de policiers qui échangent des messages ouvertement racistes.

Les artistes et nombre d’anonymes ont manifesté par la création d’images leur colère et leur adhésion aux revendications portées par des milliers de voix. Elles disent aussi, sans attendre le procès du policier incarcéré, que cette mort révèle le caractère raciste de la police américaine. Et que le racisme à l’égard des « minorités visibles » gangrène la société américaine tout entière. De plus, ils dénoncent l’attitude du Président Trump qui trouve dans ce clivage fondé sur de prétendues « races » un vivier pour son électorat. Le procès public en racisme de la police s’est élargi à la société américaine et à son exécutif.

Pour comprendre la profusion de cette production d’images il convient d’insister sur plusieurs points.

Le premier est le rôle déclencheur de la vidéo qui montre in extenso l’agonie de George Floyd. La scène est d’une incroyable violence : 4 hommes mettent à terre George Floyd et un des policiers écrase le cou de la victime de son genou alors que celle-ci implore sa pitié à plusieurs reprises, jusqu’au moment où George Floyd, asphyxié, ne peut plus parler et meurt. L’objectif de la caméra est notre œil qui regarde « comme si on y était », en direct, la mise à mort d’un homme. Cette séquence est au sens propre « insupportable ». Son extrême cruauté interroge sa diffusion et sa représentation. Aussi les artistes devront composer avec elle, y faire référence sans mettre en exergue son horreur.

De ces 8 minutes et 46 secondes les artistes retiendront « ce qu’ils ont sous la main ». L’image terrible de Derek Chauvin le genou sur le cou de George Floyd, les dernières paroles de la victime, l’inscription de cet assassinat dans un cadre plus large, celui de la revendication des Noirs contre le racisme (en particulier son lien avec le mouvement Black lives matter).

Dans la semaine qui suivit le drame, des milliers de portraits furent peints à partir de la seule image de George Floyd dont on disposait alors : un selfie de bien médiocre qualité. Les portraits reprennent en partie les traits du selfie, une photographie du visage et du haut du buste, traits déformés par l’objectif. Pourtant de très remarquables portraits furent réalisés et mis en ligne sur les réseaux sociaux.

Ces portraits faits dans l’urgence témoignent de la volonté de donner à voir une « belle image » de la victime. Aussi, de nombreux artistes ont-ils « embelli » le visage s’éloignant de la ressemblance et faisant de George Floyd une figure du héros.

Au portrait de G. Floyd sont souvent associées ses dernières paroles qui seront par ailleurs reprises par les manifestants sur les banderoles et les pancartes. Ces paroles dites dans un dernier souffle marquent la souffrance de la victime et aussi et surtout la cruauté de Derek Chauvin. A coup sûr, elles resteront comme le symbole du racisme et des violences policières.

Comme une conséquence de cette abomination, les artistes ont exprimé puissamment une revendication de justice. La colère des Afro-Américains ne s’est pas exprimée par la vengeance. Les pillages qui ont suivi les émeutes ne doivent pas comprises comme des actes de vengeance contre les Blancs mais bien plutôt comme un indicateur de la misère des Noirs dans les ghettos. La colère prend la forme d’une demande d’égalité des droits, cette égalité qui a été au cœur de la lutte pour les droits civiques dans les années 60 et qui relie le mouvement aux mouvements historiques de la communauté afro-américaine et à ses grandes figures. Le « I can’t breathe » de Floyd rejoint le célèbre « I have a dream » prononcé par Martin Luther King le 28 août 1963.

Pour des centaines de milliers d’Américains, la tragédie de Minneapolis acquiert une portée historique : elle est le signe tangible que le combat des Noirs pour leurs Droits n’est pas terminé.

J’ai été frappé en regardant les images des funérailles de George Floyd de voir un portrait de lui peint avec des ailes d’anges et une auréole. Le « combat » inégal des policiers contre un homme noir désarmé a été également vu par des street artistes américains comme un combat du mal contre le bien, de Satan contre un ange. Dans de nombreux exemples, le portrait de Floyd est magnifié. Pour rendre compte de l’opposition entre la victime et le policier raciste et criminel, une grille de lecture directement issue de la culture religieuse américaine s’est imposée. Sa mort est un martyre et la figure de George Floyd complète la longue liste des martyrs, saintes figures adorées par les fidèles comme des intercesseurs entre Dieu et les Hommes. Le martyrologe demande quelques accommodements avec la réalité ; le passé de G. Floyd est mis en parenthèses, la cause de son arrestation également et pour traduire l’opposition entre G. Floyd et son meurtrier, le policier devient une incarnation du mal suprême et la victime, un ange. Un ange et non une figure christique car si nous suivons le dogme chrétien, Jésus, fils de Dieu, a donné sa vie pour sauver les Hommes. Pour s’inscrire dans une lecture évangélique, G. Floyd a été persécuté, sa vie lui a été prise.

A voir la cérémonie des obsèques religieuses, on comprend le glissement entre la trivialité du dérapage raciste et l’interprétation que les artistes en ont fait. Leurs sensibilités et leur culture ont mis en récit la mort de G. Floyd et imposé une « belle image » de son martyre, confondant dans une même figure le martyr chrétien mort pour la justice et l’égal des grandes figues de la lutte pour les Droits civiques.

Les images des street artistes participent à l’invention d’un martyrologe et à la lecture politique de la mort de George Floyd.


Billet d’humeur (noire !)

Je suis en colère ! Cela m’arrive de plus en plus rarement et croyez bien que je le regrette. Sans doute les années passant est-il plus facile de laisser pisser le mérinos, de fermer les yeux pour ne pas voir, d’absoudre dans un excès de bienveillance, de fermer sa gueule pour éviter des conflits énergivores.

Mais aujourd’hui, le vase déborde !

Je comprends (enfin diront certains !) que, dans mon pays, prospèrent des partisans de Trump, des fils de Trump, fils qui seront peut-être ses héritiers. Résumons l’« affaire ». Deux graffeurs nantais, Itvan K. et un de ses potes, unissent leur talent pour peindre une grande fresque pour honorer la mémoire de George Floyd. Le Black lines dénonce les violences de la police de Minneapolis, soutiennent la révolte des manifestants, s’approprient les derniers mots de la victime : « I can’t breathe ».

Le 1 juin, le journal Ouest-France, dont je n’avais encore guère compris l’engagement à la gauche de la Gauche,  a publié un article titré sobrement : « Nantes. Une fresque en hommage à George Floyd ». Factuel, le court article répondait aux fameux « Where, who, whose, why, what » du bon journaliste. Nuitamment, des mains vengeresses ont tagué la fresque en bombant à plusieurs reprises craignant que les badauds ne sachent pas lire : « Antifa=criminels ».

Cette expression est textuellement celle du président Trump qui veut classer les Antifa comme un groupe terroriste, les jugeant responsables des émeutes qui ont éclaté dans de nombreuses villes américaines. Histoire de noyer le poisson en privilégiant les manifestations pour faire passer au second plan le meurtre d’un afro-américain par un policier blanc dans d’atroces conditions. Histoire de ne pas parler de la longue liste des Noirs tués par la police et de son soutien aux suprématistes blancs, cœur de son électorat.

 Le fait de reprendre les mots mêmes de Trump est sans aucun doute possible un alignement sur la politique qu’il mène et les idées qu’il promeut. La croix celtique revendique le toyage et donne un nom à ses auteurs. Ce sont des groupes identitaires et racistes qui voient en Trump un exemple et un modèle. En se réclamant de la même famille politique, ces groupes à leur corps défendant définissent bien l’action menée par le président des Etats-Unis : une politique dont le but est de cliver la société américaine, d’enfoncer des coins dans les plaies mal fermées de l’Amérique, de diviser, de créer le chaos pour apparaître lors des élections de novembre comme le meilleur garant de la sécurité et de l’ordre. Les grosses fortunes bénéficiant des largesses fiscales ne disent mot, les « petits blancs » qui n’ont pas grand ’chose à perdre craignent de le perdre, les Noirs de l’upper middle-class, enfin intégrés au système, votent en privilégiant leurs intérêts de classe.

La fresque est un « hommage », c’est Ouest-France qui le dit, un hommage à un homme mort asphyxié par un policier. Des milliers d’hommes et de femmes ont manifesté aux Etats-Unis mais aussi dans les grandes capitales du monde leur émotion et leur indignation. Que des artistes en créant des images se battent contre la discrimination raciale, pour une société moins inégalitaire, pour que la justice passe et que soit chassés les tyrans, voilà qui est bel et bon. Je souscris et je signe. Les artistes toutes disciplines confondues, ont multiplié les prises de parole pour réclamer justice et organisé de puissantes initiatives pour faire front au racisme.

Ainsi le Blackout Tuesday a invité le 2 juin les artistes du monde entier à ne pas publier leurs œuvres sur les réseaux sociaux. Innombrables ont été les street artistes à publier une page noire sur Instagram et Facebook, joignant leurs voix à celles des citoyens épris de justice.

Je me souviens d’un temps où être « antifasciste » était un compliment. C’était le temps où Franco régnait en Espagne, Salazar au Portugal, les colonels en Grèce, Pinochet au Chili, et tant d’autres en Amérique du sud et ailleurs. Les mots à cette époque avaient encore un sens. Être antifasciste était une lutte contre des forces politiques au pouvoir, nostalgiques des dictatures. C’était un combat pour la démocratie et pour des valeurs : la liberté, la solidarité, la justice, l’égalité des droits.

 Décidément, « la bête immonde » n’était qu’assoupie. Comme un putain de phénix, elle resurgit avec des habits neufs et trouve des thuriféraires.

Les œuvres des street artistes sont autant de témoignages de l’Histoire qui se fait sous nos yeux. A la juste indignation, à la défense des valeurs universelles, répondent la destruction des œuvres.  Comme une tentative de négation de l’autre. Je saccage ton œuvre non pour lui substituer la mienne, mais symboliquement pour te nier, toi, dans ton existence.

Au nom de quoi s’autorise-t-on à détruire un « hommage » dont le message subliminal est la tolérance, le refus du racisme et de la répression policière ?

Je m’étonne que des « spécialistes » de la chose politique ne voit pas le rapport entre la mort de George Floyd et les manifestations du 2 juin pour réclamer la justice pour Adama Traoré. Tout comme m’insupporte le dit spécialiste qui au micro de France Inter le 3 juin expliquait le nombre important de manifestants par le désir d’une jeunesse déconfinée de se retrouver !

Je sais que l’Histoire ne repasse jamais les plats mais j’ai le sentiment que les vieux démons sont tapis dans l’ombre et attendent leur heure. Ils sont cachés mais présents et parfois remuent la queue !

Des petits riens les dénoncent, des faits divers dans la presse régionale, des tags, des runes, des fresques toyées. Ils détruisent et signent. Et puis s’en vont se cacher.


Monsieur Plume : Le Grand soir !

On se souvient toujours des premières fois. Ma première rencontre avec Monsieur Plume était le samedi 26 mai 2018. A l’initiative d’Itvan Kébadian et de Lask, deux artistes de TWE Crew, un « collectif » de street artistes avait investi le mur de la rue Ordener dans le 18e arrondissement de Paris pour un Black Lines[1]. Black, comme la couleur du drapeau noir, « lines » comme lignes, contrainte formelle proposée bien plus qu’imposée aux participants de cet événement structuré par un thème, « Fuck la démocratie ».

 Nous étions avant le commencement du mouvement des Gilets jaunes qui démarra en octobre mais, dans pas mal de têtes, trottait l’idée que la pratique de notre démocratie parlementaire ne pouvait traduire la volonté populaire. Dit autrement, que la pratique politique était un écran de fumée qui masquait la domination des puissants sur « les gens de peu ». Un néologisme repris dans la fresque traduisait la réflexion et la colère des premiers de corvée : « démocrature ».


[1] https://www.entreleslignes.be/le-cercle/richard-tassart/black-lines-le-graffiti-politique

Monsieur Plume, pour décliner le thème, avait choisi de peindre en taille XXL un cocktail Molotov. J’ai d’abord été intéressé par la maîtrise technique dont il faisait preuve en peignant les flammes et la fumée. La combustion était rendue par un passage du jaune le plus vif à l’orangé, de l’orangé au rouge et des diverses intensités du rouge aux gris et noirs des fumées. La dilution progressive des fumées dans l’air était traduite par une succession de couches légères superposées de noir. Intéressé est un mot faible, la vérité est que j’étais « scotché » par la maîtrise technique de Plume.

Un aparté s’impose pour comprendre ma réaction. Pour l’apprenti peintre de chevalet les livres et les traités abordant de manière pédagogique les techniques de peinture sont innombrables. Le débutant y trouve les conseils pour peindre à l’aquarelle, à la gouache, à l’huile, mais, les techniques pour peindre avec des bombes aérosols ne sont guère dans les livres. A peine trouve-t-on quelques tutoriels pour aider le street artiste en herbe. Cela a pour conséquence que les techniques s’apprennent dans la rue, dans une démarche d’apprentissage fondée sur essais et erreurs, aidée par l’exemple et le conseil de quelques « anciens ». Or, peindre à la bombe aérosol n’est pas plus simple que peindre avec des pinceaux. Alignons quelques banalités sans doute nécessaires pour comprendre la technique de la peinture à la bombe. Un gaz projette la peinture en pressant sur une buse. La quantité de peinture dépend donc de la force et de la durée de la pression exercée par le doigt du peintre. Poussée par la pression, la peinture passe par une buse dont le diamètre est variable. Il faut choisir la buse en fonction de l’effet qu’on veut produire, appuyer plus ou moins pour obtenir des projections différentes, faire varier la position de la bombe en fonction du résultat attendu. Comme les désormais célèbres postillons du Covid, plus les gouttelettes sont grosses et lourdes moins loin elles sont projetées. Ce sont donc les plus fines qui vont le plus loin (fin de la digression).

Pour peindre des fumées, il convient d’incliner la bombe par rapport au mur-support, de diffuser un nuage de gouttelettes en gardant de la transparence, c’est-à-dire, en laissant apparaître le blanc du support. La superposition des projections est un réel défi sachant qu’en l’occurrence il n’est pas possible d’effacer. Un jet mal orienté, trop dense et l’artiste est contraint de recouvrir avec la teinte de fond et de recommencer. C’est tout le problème de représenter des éléments gazeux augmenté de la maîtrise d’un « outil » dont seul un exercice intensif et régulier permet la maîtrise.

La comparaison de la fresque de Black lines 1 et d’une autre fresque peinte par M. Plume est, oserais-je dire, « éclairante ». La seconde fresque de Monsieur Plume fait écho à la première. Elle montre une scène d’émeute. Deux personnages ont allumé un incendie. De vieux pneus brulent dans la nuit dans un paysage de destruction. Le foyer situé au centre de la fresque rayonne de lumière aveuglante et la combustion du caoutchouc dégage de lourdes fumées noires. Un des deux personnages est situé dans un point fort. En opposition, des poutrelles, ruines de l’incendie.

La représentation de l’incendie allumé par les émeutiers a de nombreux points communs avec celle du cocktail Molotov ; un foyer d’un jaune vif, un rayonnement, des flammes rouge et orangé, des fumées noires dont le rendu du relief laisse imaginer la densité et la lourdeur.

La composition contrairement à la fresque de Black lines est « classique ». Une succession de trois plans (l’émeutier cagoulé au premier plan, les ruines en second et le second émeutier au troisième plan). Une scène animée par des personnages « en action » avec un point de fuite donnant de la profondeur.

La peinture des fumées est semblable confirmant la maîtrise technique de l’artiste.

La signification des fresques est aisément « lisible ». Participant à une session titrée, « Fuck la démocratie », la réponse de M. Plume est la révolte, l’émeute, l’insurrection. Pour parler clair, l’actuel système politique qualifié à tort de démocratie, doit être balayé par la force. Les « armes » de la révolte sont celles de ceux qui n’en ont pas :  des cocktails Molotov. La seconde fresque prolonge la première : le pouvoir est à prendre par l’insurrection populaire.  

Si mon intérêt a été suscité par la qualité des œuvres, j’ai voulu en savoir davantage sur la violence qui se dégage des œuvres « politiques » de M. Plume. Je l’ai donc interrogé à ce propos et, avec une extrême gentillesse, il m’a répondu. Son engagement est le résultat d’une expérience fort douloureuse : « Les personnages que j’ai peints pendant des années étaient le reflet des personnes rencontrées dans les structures sociales où je travaillais en tant qu’intervenant artistique. La représentation de ces personnes (de l’enfant placé en structure pour maltraitance, à l’adulte en prison ou en psy) amène à réfléchir sur la condition et le niveau de vie de ces personnes, leur place dans notre société et la possibilité d’intégration. Nous sommes dans une société d’exclusion. Il y a un déterminisme social et une vraie société de classe, j’en suis convaincu et je l’ai vécu gamin et pendant ma scolarité (je n’ai pas le bac, pas fait d’école de dessin ou de filière artistique car cela demandait un coût trop élevé à l’époque pour mes parents). »

A la violence sociale non seulement observée par M. Plume mais vécue correspondent des options politiques radicales. D’aucuns les qualifieront de révolutionnaires, d’extrême-gauche, d’anarchistes, peu importe l’étiquette. L’essentiel est le sentiment puissamment ancré dans la chair et dans les tripes que seule la violence insurrectionnelle peut renverser un ordre injuste.

Je pensais en analysant plusieurs fresques politiques de l’artiste avoir « fait le tour » de son travail quand j’ai regardé quelques images que M. Plume m’a fait parvenir. Elles révèlent une autre facette de son talent.

Ces œuvres ne représentent rien. Elles sont abstraites. La palette des couleurs est en complète opposition avec celle des deux fresques politiques analysées. Beaucoup de couleurs, des couleurs claires, des nuances obtenues par superposition de couleurs différentes. Si on regarde de près la matière peinte, les « nuées, les nuages », comme on voudra, la matière ressemble à s’y méprendre aux fumées des incendies. A la violence, aux fortes oppositions de couleurs jaune/rouge/noir, s’oppose une harmonie colorée.

Les Hommes ne sont pas faits d’une pièce. M. Plume n’échappe pas à la règle commune. Ses convictions sociales et politiques le conduisent à la destruction et à la mort symbolique. Une pulsion de vie émerge ailleurs et autrement. Au réalisme (ou à la réalité qui fait mal) s’oppose une irrépressible aspiration à la vie et au bonheur.


Bas les masques.

La Grande faucheuse n’a pas encore terminé sa moisson. Elle n’a pas son comptant d’âmes. Le mal court toujours. Pourtant les Hommes ont déjà inventé leurs héros. Les derniers de corvée, ceux qui mettent les mains dans le cambouis, qui risquent leur vie pour que fonctionne l’inhumaine machine, sont reconnus et l’objet de toutes les louanges (pour l’augmentation de salaire, les conditions de travail, la promotion, prière de consulter le DRH). Dans cette innombrable cohorte, un groupe sort du lot et recueille tous les suffrages : les « soignants ». Parmi eux, une figure émerge : l’infirmière.

L’infirmière, qui autre temps, autres mœurs, a perdu sa charge érotique a gagné en empathie. C’est elle qui entretient avec le patient le rapport le plus intime, celle qui administre les soins et prend soin du corps. Derrière cette figure féminine, derrière le masque, nous reconnaissons celle de la mater dolorosa. Vierge des douleurs. Celle qui intercède entre le monde souffrant des Hommes et son divin fils. Comme le caducée était associé chez les Grecs de l’antiquité à Hermès, le masque est associé à l’infirmière.

Ainsi, par contiguïté dirons-nous, le masque en quelques mois, dans le monde entier est devenu le symbole de la pandémie.

Alors, qu’y a-t-il derrière le masque ?

D’abord son lien avec la figure centrale d’une nouvelle mythologie, l’infirmière, mais également avec les « soignants ». Tous ne portent pas un stéthoscope autour du cou, mais tous portent un masque. Le masque n’est pas porté pour masquer, c’est le comble pour un masque, mais bien plutôt pour protéger. Protéger le patient du malade et le malade du soignant qui, même sans symptôme, peut être porteur du virus. Corollaire de cette assertion, tout le monde peut contaminer tout le monde. Conséquences dont la logique n’échappe à personne : je ne rencontre personne ou je porte un masque, barrière absolue contre le virus.

Ainsi, à l’ennui du confinement succède la peur du déconfinement et la généralisation au niveau universel du port du masque.

Pourtant les modalités de la transmission du virus sont encore mal connues. Une quasi-unanimité des chercheurs identifie les projections émises par la parole. D’autres soutiennent que la transmission peut se faire par contact du virus avec les yeux. D’autres encore, que nos micro-postillons restent en suspension dans l’air pendant de longues minutes. D’autres enfin, que nos postillons honnis déposent du matériel génétique sur des surfaces que nous touchons.

Ces considérations scientifiques n’expliquent qu’en partie le rôle que joue le masque dans notre société. Je remarque que les contraintes liées au port du masque sont bien peu respectées. Certains portent leur masque et l’enlèvent pour discuter. D’autres le portent toute la journée alors qu’ils sont seuls sur une plage bretonne ou sur un sentier de randonnée, en vélo, à moto (sous le casque !). Combien de conducteurs le gardent pour conduire seuls leur voiture ! Tout ça pour dire que les bienfaits du masque sont certes médicaux mais aussi et surtout psychologiques. Le port du masque est davantage une réassurance qu’une efficace protection (il faudrait pour cela que les contraintes soient strictement respectées, ce qui est loin d’être le cas !).

En fait, en associant le port du masque aux gestes barrière, on crée un imaginaire du masque, barrière radicale contre la transmission du virus. L’image de la barrière est d’une telle force qu’elle a une fonction déterminante dans la diffusion du masque. Les marchands ont bien compris que le masque est aujourd’hui présent dans nos sociétés et qu’il le sera plus encore demain. Vuitton a senti le filon et vend un masque griffé du fameux monogramme. La pandémie passée restera le masque, accessoire de mode. On le portera contre les miasmes en général qui polluent l’air que l’on respire, pour affirmer son statut social en portant un masque siglé, pour protéger son anonymat. Il sera fabriqué avec des matériaux techniques et précieux. Il sera adapté aux circonstances : pour le sport, pour les transports en commun et le bureau, pour les soirées.

Le street art cristallise « l’air du temps » et fige en images puissantes ses figures. De nombreux artistes se sont amusés en affublant des représentations iconiques de masques ; tous y sont passés, de la Joconde, à la jeune fille à la perle de Banksy à Bristol. L’association du masque à l’image de l’infirmière est une garantie de diffusion mondialisée. Les modèles et les figures via les réseaux sociaux et Internet sont mondialisés. Le masque qui était porté par les habitants de certains pays survivra au Covid-19. Il s’intégrera au vêtement comme un accessoire qui signera notre identité sociale. Attaché au monde du soin, il est déjà devenu un objet de commerce voire de rapports géostratégiques.  


Madame confinée.

Dans quelques jours s’achèvera en France la période de confinement et commencera une nouvelle période dite de déconfinement, ce qui est une litote pour ne pas dire une sensible réduction des contraintes. Un moment historique à n’en pas douter qui laissera des traces ; douleur des morts par milliers, souffrance de ceux qui n’ont ni feu ni lieu, trace dans nos mémoires de ce printemps maudit.

Le temps n’est pas encore au bilan. Par contre, il n’est inutile de faire un point d’étape. Sans rue, le street art s’est confiné et quelques artistes nous ont donné à voir de bien belles œuvres peintes à l’atelier. Des artistes nous ont accompagné dans la traversée de ce désert culturel. Certains comme Philippe Hérard ont peint une œuvre par jour réalisant ainsi un journal ; d’autres nous ont aidés à « tuer le temps » en diffusant sur les réseaux sociaux des coloriages, des puzzles, des jeux de l’oie etc. Hopare, Kal Déa, Jibé, et d’autres, nous ont invité à faire « à la manière de ». Madame est allée plus loin encore en nous offrant à la fois des œuvres de confinement et des collages à faire chez soi. Cette louable initiative mérite bien un commentaire…et quelques remerciements !

Parlons donc de Madame. Non pas Madame de, œuvre de Louise de Vilmorin et film de Marcel Ophüls mais Madame sans particule, mais particulière à n’en pas douter. Madame, il y a des siècles de cela, avait une moustache. La moustache de Madame Moustache est tombée (peut-être sous le nez de Kashink ?) et Madame est restée. Madame est une collagiste. Ne cherchez pas le mot dans le dictionnaire, il n’y est pas (pour l’instant !). Néologisme qui désigne une artiste qui pratique le collage. Voilà plusieurs années, j’avais consacré un billet [1]à cette artiste, intéressé par l’originalité de ses œuvres. En effet, sur des supports aux dimensions variables, de petits formats à des fresques de plusieurs dizaines de mètres carrés, elle associe collage et lettrage. J’aime le jeu intellectuel d’une nouvelle image créée par le rapprochement d’autres images. Une illustration faite de reproductions d’illustrations. Une déclinaison de l’art d’utiliser les restes ! Les œuvres sont savamment composées et nul doute qu’un des objectifs de l’artiste est la recherche esthétique. Un des objectifs mais certainement pas le premier. En effet, à la beauté formelle s’ajoute la saveur dirais-je du rapport entre les mots et leur illustration. Leur conjugaison évoque pour moi les images pieuses qui étaient comme autant de signets dans mon missel et les aphorismes illustrés qui à la fin du 19e siècle et au début du 20e ont participé à la formation morale et civique de nos aïeuls.


[1] https://www.entreleslignes.be/le-cercle/richard-tassart/madame-collages-et-autres-objets-d%E2%80%99art

Les phrases de Madame n’ont pas vocation à participer à notre formation religieuse et morale. Mais la présence de ces référents dans notre bibliothèque d’images et leur comparaison avec les œuvres de Madame est un clin d’œil, une source de plaisir d’esthète.

Madame ne se donne pas la périlleuse mission de l’édification spirituelle de ses contemporains, ses œuvres créent l’émotion, une émotion esthétique et le plaisir. Elle s’amuse à prendre les expressions au pied de la lettre, à en créer d’autres, à jouer avec et sur les mots et la diversité de leurs sens. Les images qu’elle crée en collant des éléments empruntés à des gravures anciennes, en donnant un aspect vintage, sont véritablement des illustrations, c’est-à-dire des images redondantes par rapport au texte. Leur caractère insolite, surréaliste, improbable, participe de l’humour discret mais toujours présent.

Somme toute, les collages de Madame sont de petits trésors ; des trésors d’intelligence, de beauté formelle et d’humour décalé.

En ces temps confinés, Madame nous donne à voir des collages qui traduisent nos communes émotions : la privation de nos libertés, l’ennui et leurs conséquences, le désir d’évasion, la nostalgie du paradis perdu qui se réduit modestement au regret de ne pouvoir aller boire un demi sur le zinc de son rade !

Madame ne tient pas un journal au jour le jour, ces œuvres « confinées » ne sont pas un carnet de bord. Elles disent ce que nous avons ressenti. Elles nous associent à ses émotions et à ses rêves. Elles sont douces et sensibles, tristes bien sûr.

Madame partage ses heurs et malheurs et, généreuse, nous propose de faire à sa manière. De faire du Madame, car ses collages ont une véritable identité plastique. Pour cela, elle nous donne tout le matos, les reproductions anciennes, un alphabet pour écrire des phrases. Un merveilleux bric-à-brac pour créer des œuvres d’art.


Théo Haggaï, témoin de la catastrophe qui s’annonce.

C’est bizarre ce besoin qu’ont ceux qui nous dirigent de vouloir à tout prix nous rassurer. Les experts se gardent bien de parler de pic de l’épidémie, alors ils préfèrent le mot « plateau », et même de « plateau haut ». Le susdit haut plateau risque de devenir une morne plaine ! Le masque devient à son corps défendant un objet magique chargé de repousser tel le crucifix les démons le coronavirus malin.

Confrontés à la mort qui nous frôle de ses ailes noires de corbeaux, les « sachants » comprennent au fil des jours qu’ils ne savent pas tout. Quid de l’origine du virus, pas de médicament spécifique, pas de vaccin avant longtemps, comment le virus se propage-t-il, le changement de saison aura-il une incidence sur sa diffusion etc. Bref, nos savoirs évoluent et rien n’est certain. Sauf qu’il y aura un après. Mais lequel ? Ce que les historiens savent c’est que la crise du coronavirus est un événement aussi important que la première guerre mondiale, la crise de 29, la seconde guerre mondiale, la chute du Mur de Berlin. C’est un choc mondial, une rupture, qui ouvre tous les possibles.

Reste tapie au plus profond de nos circonvolutions cérébrales, la peur. Peur archaïque de la mort, peur de la destruction de la nature par les Hommes, peur de la réduction de la biodiversité, peur du réchauffement climatique etc. Si la Peur de l’an 1000 n’a pas existé, la pandémie qui a partie liée avec nos peurs modernes les exacerbe.

Cette peur fondamentale qui s’alimente de l’actualité et de notre incapacité à nous projeter dans le futur résonne en chacun de nous, plus ou moins. Les artistes sont inscrits dans le siècle et à ce titre partage nos peurs. C’est en particulier le cas d’un jeune artiste, présenté comme un « artiste émergent », qui voilà quelque temps a retenu mon attention. Il s’appelle Théo Haggaï et ses œuvres, me semble-t-il, traduisent avec beaucoup de force les peurs des Hommes de sa génération.

Parisien mais confiné, c’est par Internet que je l’ai interrogé sur son travail et ses influences. Dans sa réponse Théo donne des clés pour saisir son projet artistique ; « A travers mes dessins, je fais des constats assez généraux sur l’état de la planète et le rapport que l’humain entretient avec elle. C’est catastrophique ! Alors je l’illustre. Peut-être que je parle de moi à travers tout ça mais ce n’est absolument pas l’objectif premier. Après, mes inquiétudes et mes peurs sont certainement visibles mais j’imagine que c’est logique et normal, l’artiste crée et on met tous du sien dans nos créations. »

A vrai dire, ce ne sont pas les constats de Théo qui sont au centre de ma réflexion. Cela ne veut pas dire que ces constats sont roupie de sansonnet et balivernes mais, cernant les limites de ma compétence, je me garderais bien d’avoir un avis sur des sujets que bien peu de chercheurs maîtrisent. Plus prosaïquement c’est la traduction graphique des idées de Théo Haggaï qui m’intéresse dans ce billet.

Dans le corpus des dessins étudiés, des constantes : l’emploi de marqueurs, l’utilisation quasi exclusive du noir et blanc, la fréquence du format A4 des œuvres. Quant aux « constats » de Théo des occurrences fortes : l’écologie au sens large, le réchauffement climatique mais aussi le drame de l’immigration et la solidarité. A ce propos, notons l’extrême fréquence du dessin des « mains serrées ». Ce dessin qui en premier lieu renvoie aux valeurs d’amitié, d’entraide, de solidarité, est devenu un marqueur identitaire de l’artiste, tout autant que son personnage, le rêveur.

Venons-en à ce personnage. Dans les scènes qu’il dessine Théo met en scène un personnage, parfois répliqué, personnage qu’il nomme « le rêveur ». Dans notre entretien, il en parle en ces termes : « J’utilise des silhouettes humaines qui sont des rêveurs, pleins d’espoir ou complètement désabusés par le monde dans lequel ils vivent. » Le recours à des « silhouettes » fait l’économie d’identifier le genre, homme ou femme qu’importe, les traits distinctifs comme l’origine sociale, ethnique, la couleur de la peau etc. Ils ont également un effet miroir : les regardeurs peuvent s’y reconnaître.

Bien pratique ces rêveurs somme toute, mais source de confusion aussi.  A n’en pas douter les rêveurs de Théo sont les descendants tardifs de Keith Haring si l’on s’en tient à la forme. Leur forme se résume aux contours de leur corps. Théo Haggaï « récupère » certes le bonhomme d’Haring mais le rêveur de Théo est animé de valeurs en partie différentes. Haring, dans son œuvre, se situe par rapport aux préoccupations de son époque, le racisme, l’apartheid, l’homophobie, la discrimination, les dangers du nucléaire etc.

Théo Haggaï, de la même manière, dans ses dessins, défend une conception du monde et de la société et prône des valeurs. Entre Haring et Haggaï une partie de ces valeurs est commune, une partie seulement, pour la raison évidente que les périodes sont différentes. Il est patent que certaines compositions sont voisines. Voisines, cousines, sœurs, et Théo reconnaît bien volontiers qu’il est un des héritiers de Keith Haring. Dans le même temps, le continuateur veut affirmer son identité en s’écartant du modèle. L’artiste qui veut tracer sa route, qui craint le plagiat, va jusqu’à refuser de feuilleter des livres d’art présentant des œuvres de ses maîtres, Haring certes, mais aussi Basquiat, Miro, Picasso.

D’Haring restent la silhouette et la composition de certaines œuvres au demeurant peu nombreuses.

Après avoir défini ce que n’est pas l’œuvre de Théo Haggaï, tâchons de cerner ce qu’elle est. J’y vois deux pôles. Le premier est constitué par des dessins sur des petits formats au marqueur. Ces œuvres privilégient le message. A telle enseigne qu’elles sont épurées de la représentation d’éléments qui ne seraient pas nécessaire à la compréhension du message.

Elles figurent des scènes, je dirais mieux, des séquences narratives. Le fait est que Théo avant de dessiner synthétise son idée en élaborant un court récit. Dans un deuxième temps, son crayonné qui ne se contente pas d’installer dans l’espace de la feuille A4 les éléments principaux, est un dessin quasi achevé au crayon. Dans un troisième temps, Théo encre son dessin avec une infinie patience.

Le second pôle est formé par des dessins et des fresques qui, à l’opposé des dessins « politiques », accumulent les motifs jouant sur l’accumulation des objets. Là, la beauté de la forme, prime sur le message, sans en être totalement absent.

Entre ces deux pôles, une tension entre l’essentiel et le superfétatoire, entre le dénuement et l’âpreté du message et la tentation esthétisante.

Cette tension est, à mon sens, ce qui caractérise le mieux ce qu’il convient d’appeler le « style » de Théo Haggaï. Il n’est jamais plus original que lorsqu’il parvient à mêler la force du message et la surabondance des motifs.

Théo Haggaï est, pour l’heure, un dessinateur. Ses œuvres au graphisme raffiné explorent le plan, ignorant la profondeur et la lumière. La fermeté de son trait, amplifié par le recours au dessin noir sur fond blanc, confère aux scènes dessinées une dimension dramatique qui séduit. Il témoigne à sa manière de son époque au travers le prisme, certes déformant, de ses engagements.


Covid-19 et mythologies.

Le street art, vu des réseaux sociaux, continue sa métamorphose. Les contenus suivent les mesures de confinement. Déconfinement en Chine, confinement dans de nombreux pays. L’heure est à une transition qui sera plus ou moins longue, directement indexée sur les pics de la pandémie et les étapes vers le déconfinement. La nature ayant horreur du vide, les tuyaux que sont les réseaux sociaux sont remplis de contenus divers et variés. Réédition d’œuvres peintes avant le confinement, jeux destinés à tuer le temps, œuvres d’ «art confiné », créées à l’atelier. Ces œuvres sont intéressantes de plusieurs points de vue : certaines sont des regards introspectifs sur la condition d’un street artiste interdit de sortir, d’autres des œuvres personnelles s’égrenant au fil des jours toujours recommencés comme les perles d’un chapelet. Bien sûr, directement ou indirectement, elles témoignent du drame que nous traversons.

Allissand.

En Europe mais également ailleurs dans notre village planétaire confiné, un objet change de statut et devient une icône qui symbolise la crise : le masque chirurgical. D’autres périodes de notre histoire nationale sont symbolisées par des objets : bonnet phrygien de la Révolution de 1789 ou pavé de Mai 68. Tout laisse penser que le masque restera associé au Covid-19.

À partir du masque, différentes problématiques sont développées. L’amour, toujours l’amour ! Le masque portés par les amoureux est ce qui autorise le rapprochement, le baiser, l’étreinte, et ce qui sépare pour protéger. Le masque est ainsi un viatique qui protège de la maladie et de la mort. Éros et thanatos réunis dans une même image.

Plus prosaïquement peut-être, des œuvres invitent les regardeurs à porter des masques pour se protéger. En ce sens, les œuvres relaient les directives données par les exécutifs nationaux et le port du masque est certainement la contrainte la moins polémique.

 Il est vrai que la représentation d’un masque pour un Français évoque en premier lieu un « scandale d’État ». A l’heure où j’écris ce billet, à la fin de la quatrième semaine de confinement, les soignants des services hospitaliers, les médecins de ville, les personnels de santé en général, les hommes et les femmes qui travaillent et sont exposés au virus, ne disposent toujours pas de masques en nombre suffisant pour être une barrière efficace contre la transmission du virus.

Il en est tout autrement dans d’autres pays qui pouvaient dès le premier jour de la pandémie distribuer gel hydroalcoolique, masques à leur population et tests. Quoi qu’il en soit, le masque chirurgical, à tort ou à raison, est devenu en quelques semaines l’objet-fétiche pour faire barrage à la mort qui rôde.

La représentation du masque est étroitement associée à celle de l’infirmière et l’infirmière portant un masque devient une figure de la crise, une figure allégorique. Voilà quelques semaines l’infirmière était une icône érotique. Réputée nue sous sa blouse, elle a suscité maints fantasmes. Aujourd’hui, l’infirmière a acquis un statut comparable aux héros marveliens. Pourtant, d’autres « héros » étaient possibles, les chercheurs, les médecins urgentistes, les ambulanciers, les pompiers, les aides-soignantes etc. La modestie de la fonction de l’infirmière, de son salaire également, sa présence dans les luttes menées par les personnels de la fonction hospitalière, sa présence auprès des malades et de leurs familles, le tribut qu’elle paie à l’hécatombe, ont érigé au rang de héroïnes planétaires les infirmières.

Enfin et surtout, le port du masque est un sujet inépuisable d’humour. Les artistes ont affublé d’un masque chirurgical les statues antiques, les personnages emblématiques de la peinture classique, les hommes et les femmes politiques. Bref, plus l’image est une image-culte ou mieux, sacrée, plus l’effet comique est garanti. Humour potache diront certains grincheux, humour facile, mais en ces temps de malheur même l’esquisse d’un sourire est bonne à prendre.

Un point, en cette triste fin de quatrième semaine, s’impose. Confrontés à la même catastrophe, les artistes réagissent sensiblement de la même manière. D’abord, il faut rire de notre malheur, catharsis salutaire et quasi réactionnelle. Dans un second temps, émergent des figures symboliques : le masque qui à lui seul intègre différents aspects du drame est l’amulette qui protège du malheur.  Le modèle de l’infirmière reprend en partie la fonction du masque, elle officie à la survie, et figure dérivée de la mère, elle est celle, non seulement celle qui soigne, mais celle qui dans l’intimité de sa relation au patient console, « materne », parle au nom du « corps médical » à la famille.

Dans le drame qui se joue, drame dont nous sommes les victimes et les témoins, nous construisons des figures archétypiques pour endurer le malheur. Des objets assortis de fonctions quasi magiques pour nous protéger, des figures de héros pourvues de qualités telles qu’elles concourent à notre survie. Nos sociétés ne cessent de fabriquer de nouvelles mythologies, créations mentales collectives qui nous aident à supporter notre humaine condition. Les artistes en produisent des images.  


Chapitre 4. Coloriages.

La tragédie du coronavirus tourne autour de trois questions d’égale importance : comment échapper à ce virus malin et contagieux, comment se guérir du covid 19, comment tromper l’ennui du confinement. Je n’ai pas les réponses aux deux premières interrogations mais, modestement, je peux contribuer à occuper les enfants et pourquoi pas les Grands.

L’idée n’est pas mienne mais je la reprends à mon compte car, voyez-vous, je la trouve intelligente et susceptible d’éveiller les enfants confinés à l’art urbain. Trois street artistes ont diffusé sur Facebook des dessins originaux à colorier : Hopare, Alber et Jibé. Je les reproduis donc et ajoute des reproductions d’œuvres de ces street artistes qui pourront servir de modèle. Il est par conséquent conseillé d’imprimer les coloriages et un modèle en couleurs, histoire d’avoir la paix ne serait-ce qu’un moment.

Hopare a diffusé sur les réseaux sociaux des dessins originaux d’une grande beauté. Le style de sa peinture qui consiste à décomposer les grandes zones d’aplats en surfaces plus petites convient bien à l’exercice. Les supports offerts par Hopare peuvent être agrandis et être coloriés, soit avec des crayons de couleurs, des feutres, et pourquoi pas imprimés sur des feuilles de papier à dessin et peints. Enfants et parents peuvent tout d’abord « tuer » le temps et secondairement, par la pratique mieux cerner l’originalité du dessin d’Hopare.

Alber a diffusé sur les réseaux sociaux un puzzle destiné aux jeunes enfants. L’exercice n’est pas dénué d’intérêt. Il faut tout d’abord découper les morceaux du puzzle. Les enfants ont de grandes difficultés à bien tenir la paire de ciseaux et à effectuer un découpage précis selon une ligne. Des agrandissements faits avec une photocopieuse permettent de créer une gradation dans la difficulté. Recomposer le visage avec ou sans modèle est aussi un élément de complexification.

Alber a des points communs avec Hopare mais aussi de profondes différences. Tous deux décomposent les surfaces en surfaces plus petites mais Alber conserve des surfaces plus importantes pour les traiter en aplats de couleurs vives.

Si Hopare et Alber proposent des portraits, Jibé, lui, a réalisé pour l’occasion des dessins qui devraient séduire les jeunes enfants. Des petits bonshommes, drôles et joyeux dessinés dans des situations dynamiques, des formes qui font partie du répertoire plastique des enfants : la lune, des cœurs etc. Ces supports qui peuvent également être imprimés sur du papier à dessin peuvent devenir de jolies œuvres. Les dessins complexes de Jibé, peints en noir et blanc, sont du plus bel effet décoratif. Les supports plus simples peuvent donner lieu à un travail à la gouache.

Si Hopare et Alber proposent des portraits, Jibé, lui, a réalisé pour l’occasion des dessins qui devraient séduire les jeunes enfants. Des petits bonshommes, drôles et joyeux dessinés dans des situations dynamiques, des formes qui font partie du répertoire plastique des enfants : la lune, des cœurs etc. Ces supports qui peuvent également être imprimés sur du papier à dessin peuvent devenir de jolies œuvres. Les dessins complexes de Jibé, peints en noir et blanc, sont du plus bel effet décoratif. Les supports plus simples peuvent donner lieu à un travail à la gouache.

Je tiens à remercier Hopare, Alber et Jibé pour cette initiative. Initiative artistique et citoyenne qui ne soigne pas le virus mais emplit le cours de nos vies confinées en nous ouvrant au monde de l’art.


Chronique d’un confiné : Chapitre 3.

Paris, dixième jour de confinement.

Bizarre cette perception du temps ! Cela ne fait que 10 jours que les Français sont confinés. Quand je dis les Français, je veux parler des chanceux qui pour participer à la guerre contre le coronavirus bullent à la maison. Ceux qui comme moi ont le temps de ne rien faire, acheter le pain, sortir le chien, lire et « feuilleter » d’un œil gourmand les œuvres des street artistes sur Facebook.

 À ce propos, Facebook en moins de 10 jours a bien changé. Après la publication d’œuvres peintes avant le confinement, après la resucée des vieilleries, des artistes apportent tout leur talent à l’effort de guerre en publiant chaque jour une œuvre peinte en atelier.

Je souhaite consacrer ce papier aux dix premières œuvres de Philippe Hérard. Hérard depuis le premier jour du confinement peint sur un bout de carton une œuvre qui correspond à son état d’esprit. La série forme ainsi un journal en images (et quelles images !) d’un confiné. Si j’effectue aujourd’hui un arrêt sur image, cela ne signifie pas que la série est terminée ; elle durera (si je ne m’abuse !) le temps du confinement. Aussi, je vous invite, chers lecteurs et lectrices, à suivre chaque jour, les tribulations imaginaires, d’un artiste peintre, confiné dans son atelier mais libre dans sa tête (comme Diego !).

J’ai déjà consacré plusieurs papiers à Philippe Hérard que je tiens pour un des peintres français les plus attachants de ces 10 dernières années. Comment ne pas être ému par ses Gugusses dont j’ai raconté l’histoire dans ces colonnes. Plus qu’un personnage, Hérard a créé un monde et il nous en donne à voir des scènes. Des décors, des personnages, des objets (des chaises, des bouées, des canoés, des rames, des feux tricolores, des maisons en carton, des échelles, des boules etc.). Les Gugusses sont des bonhommes lunaires, faisant avec le plus sérieux du monde des choses absurdes.

D’aucuns ont comparé les œuvres d’Hérard à Mack Sennett. Bien sûr, des points communs existent. Mais les différences sont profondes. Tout d’abord, si Mack Sennett est un grand acteur comique et l’un des plus grands, les œuvres d’Hérard ne sont pas des sketches dont l’objectif est de nous faire pouffer de rire. Les situations que créent les Gugusses génèrent une émotion qui est faite d’empathie voire de pitié. Notre sourire, quand il nous échappe, est coupable : on ne rit pas des pauvres d’esprit, des idiots du village.

Philippe Hérard est le contraire d’un rigolo. Il met en scène avec une rare justesse et une douce pointe d’humour tendre des hurluberlus, ceux à qui il manque une case (voire plusieurs !).

A la « saga » des Gugusses maintenant achevée succède leur créateur en personne. Nous savions qu’il y avait du Hérard dans les Gugusses, confirmation, l’artiste ose affronter le regard des autres en jouant le rôle du Gugusse qu’il a créé. Dans ses productions récentes, nous retrouvons le Hérard-Gugusse et ses potes dans la suite de leurs aventures. Les décors sont sensiblement les mêmes. Quant aux objets, certains sont récurrents, d’autres ont été introduits plus récemment. Par association d’idées, la bouée objet fétiche des Gugusses, a amené le bateau. Le bateau, la rame.

Dans son « journal d’un confiné », Hérard-Gugusse en chef, représente ses états d’âme. D’abord, la peur. Ensuite et ce sera un fil rouge, l’enfermement. Quelques tentatives de fuite dans de grands espaces lumineux, pour un aller-retour dans la boite. La boite, le carton, la maison est un lieu clos. Ou presque. A peine peut-on y ouvrir une petite fenêtre.

Bien sûr nous nous retrouvons dans la « lecture » de son journal. Il nous parle de « l’humaine condition », de l’Homme confronté au Mal qui nous guette à l’extérieur de notre boite. Ces tableaux d’une âme tourmentée ne donnent pas dans le pathos. L’angoisse est là, viscérale, mais sa mise en images, sa représentation a des vertus cathartiques. Comme dans la « Psychanalyse des contes de fées » de Bruno Bettelheim. Sauf qu’Hérard ne nous montre pas le coronavirus et ses horreurs mais l’effet de la peur de la maladie sur un homme.

C’est, en quelque sorte, réconfortant de partager sa peur. Surtout, quand l’artiste ajoute à ses saynètes un peu de légèreté, « L’insoutenable légèreté de l’être ».