J’ai déjà abordé dans mes chroniques les très nombreuses fresques de street art inspirées des images du christianisme. Des figures du diable et des saints, de Jésus-Christ et de la Vierge Marie, des archanges et des anges. C’est sur la figure des anges que j’aimerais, dans cette chronique, revenir.
Les représentations d’anges dans le street art en Occident ont des points communs qui posent question : les anges, les chérubins, les séraphins sont de très jeunes garçons et très récemment de petites filles, beaux comme des dieux, ayant des ailes dans le dos. Tous ces charmants bambins sont de type européen, pour ne pas dire caucasien.

On peut s’interroger sur les rôles joués par cette figure de l’ange tout droit sortie des grandes religions monothéistes et de bon nombre de religions orientales. J’ai cru voir dans ces emprunts modernes de nos street artistes une référence à Mercure, le messager des dieux, représenté avec des sandales ailées. Réflexion faite, je pense que les artistes d’aujourd’hui ont privilégié d’autres traits et qu’Hermès n’est pas la figure référente.



Quels traits de la figure de l’ange ont été privilégiés par l’art urbain ?
Tout d’abord et surtout, l’ange est un jeune garçon (et jamais une fille !) dont la prime jeunesse évoque la pureté originelle.
Qu’est-ce donc que cette « pureté » des origines ? La pureté d’avant le péché originel ? Serait-ce plutôt l’innocence des âges prépubères ? L’émergence de la sensualité voire de la sexualité changerait-elle la pureté et l’innocence en péché ?



La question serait de peu d’importance si on considère que les anges sont des icônes païennes et n’ont pas pour les croyants d’existence. Mon expérience m’a montré, à maintes reprises, que nombre de religieux sont persuadés qu’ils ont un ange gardien et croient en l’angéologie, les anges protecteurs, les archanges dont ils invoquent les noms (Raphaël, Gabriel, Michel, Uriel), les anges déchus etc.
Force est de constater que nos imaginaires occidentaux laïcisés acceptent sans sourciller le fait que les jeunes enfants représentent un absolu de pureté. Quant au sexe des anges



Les anges, jeunes garçons dit la tradition, héritent par voie de conséquence des traits des jeunes enfants. J’ai dans une précédente chronique abordé la représentation des enfants dans le street art. Je n’y reviens que pour mettre l’accent sur l’incarnation par l’ange du Bien. Le Bien avec une majuscule ! Le Bien, en l’occurrence, se résumant aux idées de l’artiste. Et pour faire bonne mesure, ils incarnent également la Beauté !
En résumé, un sacré diptyque : la beauté (l’innocence est la beauté de l’âme) au service du Bien. Une incarnation symbolique commode pour rendre compte d’un nombre quasi infini de propositions. D’où la forte occurrence de la figure de l’ange.
Tout bien considéré, la figure symbolique de l’ange a été dans une large mesure désacralisée. La force symbolique de cette figure est, à mon sens, étroitement corrélée à notre imaginaire de l’enfance. Une force symbolique suffisante pour affranchir la figure de l’ange du contexte originel religieux. Une figure religieuse tombée dans le domaine profane.

La fonction des ailes des anges est, à ce titre, instructive. Les ailes des anges ont été à de nombreuses reprises « détachées » de leur corps. Simplement, l’ajout d’ailes à un personnage lui confèrent les attributs de l’ange.
Évolution récente, dans de nombreuses fresques peintes en hommage d’un défunt, le personnage est représenté muni d’ailes blanches s’élevant vers le ciel. Une manière graphique de rendre compte de l’ascension de l’âme vers le Royaume. Les ailes des anges changent alors le statut du personnage : elles symbolisent, dans ce cas de figure, la mort et aussi le voyage. Le message est souvent renforcé par la représentation d’une auréole de lumière ceignant la tête du défunt. L’auréole, autre figure symbolique issu du vocabulaire religieux.

La figure de l’ange dans le street art contemporain est un exemple parmi tant d’autres de la réappropriation par les artistes de la symbolique religieuse. Une réappropriation qui conserve tout ou partie des formes anciennes pour s’adapter aux nouveaux messages. En somme, un recyclage des formes ajouté à une actualisation des significations.


