Trump et son avatar, le cochon

La caricature qui est fille du dessin connaît grâce à l’intelligence artificielle un relatif renouveau. Tout caricaturiste n’est pas Daumier et l’IA, par sa facilité d’utilisation, facilite la création d’images dont l’objectif avoué est de faire rire aux dépens d’un personnage.
Cela explique, du moins dans une large mesure, le nombre des caricatures de Donald Trump. Le plus souvent, ce sont les décisions prises par le président qui sont l’objet de moqueries. Une caricature atypique de la personne même de Trump a retenu mon attention par sa violence : Trump est représenté par un cochon.

Dans un premier temps, j’ai inscrit cette caricature dans la longue histoire de la caricature politique. Universellement le cochon est un symbole qui représente certains traits : la cupidité et l’excès, la vulgarité et l’obstination.
A ces traits s’ajoute la facilité de la transformation physique de Trump en cochon. Le teint rosé voire orangé de sa peau, sa grosseur, visuellement, le « morphing » vers l’anatomie porcine est aisé.

En fait, la métaphore satirique renvoie à d’autres référents culturels. L’image du cochon fait directement allusion à l’expression anglaise de « Male chauvinist pig » , le plus souvent traduite par « gros porc machiste ». Cette expression était très populaire dans les années 70 pour désigner les hommes misogynes. L’expression française « balance ton porc » associe de la même manière l’animal et le prédateur sexuel.

Par ailleurs, le cochon renvoie directement à Napoléon, un personnage du roman de George Orwell, La ferme des animaux. La comparaison est une critique du populisme et de la politique autoritaire de Trump.

L’image de Trump-cochon a été popularisée par Roger Waters qui a recouvert le célèbre cochon gonflable, Algie, du visage de Trump et de slogans hostiles. Plusieurs magazines internationaux dont Der Spiegel et le New York magazine ont fait leurs couvertures de la caricature de Trump-cochon pour symboliser le chaos ou la saleté morale qu’ils attribuent au président.
Une des origines de la comparaison est l’affaire de « Miss Piggy ». En 1996, lors du concours de Miss Univers, événement alors propriété de Trump, Trump a surnommé Alicia Machado de Miss Piggy, en référence au personnage du Muppet Show. Pendant la campagne présidentielle de 2016, Hillary Clinton a retourné l’insulte que son concurrent avait utilisée.

De plus, Tony Schwartz, le nègre du livre de Trump The art of the deal, pour décrire son travail a employé l’expression « put lipstick on a pig » (mettre du rouge à lèvre à un porc). C’est d’après lui, ce qu’il avait fait à Trump. Cette expression est restée célèbre aux Etats-Unis et a conforté l’association visuelle entre Trump et un cochon.
Dans le même ordre d’idée, souvenons nous de la critique d’Elon Musk du projet de loi budgétaire de Trump dénonçant sur son réseau X le parti de Trump qualifié de « parti de Porky pig ».

La comparaison de Trump à un cochon est récurrente dans la satire et la critique politique américaine. Contrairement à ce que nous pourrions penser de là où nous sommes, ce n’est pas une insulte isolée de son contexte. Elle s’est construite pendant des décennies à partir de plusieurs symboles culturels et de divers matériaux critiques.