Jon Buzz, bons baisers du Viêt-Nam

L’association « Les arts fleurissent la ville » a invité le street artiste Jon Buzz à « faire le mur » de la rue des Cascades à Ménilmontant.
La fresque se présente comme un long rectangle. L’artiste nous donne à voir un paysage exotique confirmé par le titrage de l’œuvre : « Paris Hué ».
Des plantes luxuriantes sont représentées, un singe (si je ne m’abuse un macaque), les façades de boutiques traditionnelles, un pic rocheux d’où semble surgir une cascade. Le titre de la fresque et la nature du paysage constitué d’éléments urbains et naturels, le réalisme de l’exécution, apparente l’œuvre à une esthétique de carte postale.

Photographie Richard Tassart

A y regarder de plus près, une autre lecture s’impose au « regardeur ».
La fresque obéit à une quasi stricte symétrie centrale. Un axe partage le paysage en deux parties qui se répondent et s’opposent. A droite, le guillochage noir géométrique noir et blanc, les façades colorées de quatre boutiques et dans la cohérence d’une ligne de fuite, des constructions modernes esquissées renvoient à une évocation de la ville. Un pic rocheux escarpé et une intense végétation, à gauche de l’axe central, représente pour partie un paysage de forêt tropicale. La composition est encadrée par d’immenses feuilles au vert vernissé. Un portrait de singe est placé par l’artiste dans un point fort. Le réseau des lignes de fuite converge vers la représentation du macaque.

La rigueur toute géométrique de la composition montre à l’évidence que nous avons affaire, non à un paysage « réel » mais à une allégorie de la ville de Hué. Les divers éléments ne sont pas des copies du réel mais des signes symboliques.

Le titre de l’œuvre Paris Hué nous donne une clé de lecture : la fresque est un souvenir de la ville de Hué qui s’inscrit dans le Paris d’aujourd’hui.
Autrement dit, une représentation par la peinture de souvenirs de voyage ; une représentation d’émotions ressenties par l’artiste et d’images éclatées. Un paysage reconstruit de bribes et de morceaux d’images qui témoigne de la sensibilité de l’artiste, bien davantage qu’une photographie du réel.
La fresque n’est pas une carte postale de la cité impériale.

Hué est inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO. Une ville considérée comme la gardienne des traditions et du patrimoine culturel national. L’artiste aurait pu peindre la citadelle royale, la pagode Thien Mu, les tombeaux des empereurs, les mausolées impériaux, les très fameuses maisons-jardins. Il choisit d’illustrer son point de vue sur la ville. Des quartiers anciens aux boutiques multicolores, des gratte-ciels attestant de la modernité, la proximité d’une faune et d’une végétation intactes.

Jon Buzz a peint un passé recomposé, des souvenirs infiniment personnels. Son œuvre est son souvenir de Hué ; le souvenir des images qu’il garde de cette ville à Paris. Rien à voir avec un guide touristique. C’est de lui qu’il parle.