Chronique d’un confiné : chapitre 2.

Vendredi 20 mars : tout va bien.

Belleville grouille de monde, les p’tits vieux jouent aux cartes sur le seuil des portes. Quais du canal de l’Ourcq, les joggeurs courent, comme d’habitude. La dame du 6e, la retraitée de la Bibliothèque Nationale, est à l’heure. 13 heures, vêtue de son manteau noir, portant un masque, la tête couverte d’un bonnet de laine, elle tire depuis le début du confinement sa caddy dont les roues couinent sous le poids. Elle vit seule depuis toujours et porte un bonnet parce qu’elle est petite et qu’elle pourrait en faisant la queue chez Auchan, recevoir des postillons sur la tête. C’est une intello : elle pense à tout. Les chiens promènent leur maître, étonné de faire pour la huitième fois le tour du quartier. Après avoir sorti monsieur, ce sera le tour de madame. Être confiné, c’est vraiment une vie de chien.  

Le début du confinement réveille les récits de mes parents. C’était le temps de l’occupation, les queues devant les magasins d’alimentation, le manque de produits de première nécessité, l’absence de médicaments, le marché noir, l’angoisse au quotidien…Mais ça c’était avant.

Aujourd’hui, tout va bien. Le street art, l’art dans la rue, va pas bien, lui. Les murs sont fermés jusqu’à nouvel ordre. Un peu partout dans le monde. Et tous les jours un peu plus. Alors, on ressort sur Instagram et Facebook, ce qu’on a fait juste avant ou des vieilleries ou des « fresques clandestines », peintes le plus souvent sur un mur en déshérence en plein bled, là où personne ne va. La nature ayant horreur du vide, on met un peu de tout sur les réseaux sociaux : des infos, des photographies d’art, des clichés « vu de ma fenêtre », des blagues selon l’adage « il faut rire de tout… » et dans cet inventaire à la Prévert, des œuvres, belles et émouvantes

« Parlez-moi d’amour » …J’y viens.

L’amour se conjugue avec l’humour. Le French Kiss adopte une variante : des masques séparent les deux amoureux. Belle image certes mais qui a dit qu’il était interdit d’embrasser l’être aimé ? Jusqu’aujourd’hui ! quant à demain c’est une autre histoire, il n’est pas nécessaire voire obligatoire de remplir une dérogation pour baiser avec passion les lèvres aimées (et plus, si affinité).

J’avoue (au fond, au tréfonds, je suis un romantique) avoir adoré cette jolie fresque colorée représentant un jeune garçon noir demander la main d’une petite fille. Amoureux mais prudents. Jeunes et beaux. Noir et blanc. Superbe !

La fresque titrée « confinement » est…disons, différente. Un baiser, un homme, une femme, une position suggestive qui invite à respecter les directives ministérielles. En voilà, une bonne idée. Et si le ministère de la Culture, demandait aux artistes de réaliser des affiches illustrant les 64 positions du Kamasutra ? Reproduite en quelques milliers d’exemplaires, collées sur les murs de nos villes et de nos villages, avec délicatesse, elles inviteraient nos compatriotes à rester chez eux. Je vois venir votre argument massue : cela n’empêcherait pas les p’tits vieux à jouer aux cartes, ni ma voisine du 6e à dévaliser les rayons d’Auchan. Moi, j’ai dit ça pour aider.

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Fresque de Combo représentant de jeunes femmes 9 mois après le confinement.

Il n’est pas interdit d’établir des liens entre les différentes œuvres : de la déclaration d’amour ou baiser. Du baiser aux feux de la passion. De l’amour à la vie qui renait.  


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