Les caricatures de Trump

Les caricatures de Trump grâce au recours à l’intelligence artificielle et leur diffusion par les réseaux sociaux font florès. Dans une précédente chronique, je me suis efforcé de comprendre comment la figure du cochon s’était imposée comme un véritable avatar du président américain.
Dans le droit fil de la métaphore, les contempteurs de Trump, sans se donner le mot, ont décliné la comparaison en mettant l’accent sur le physique de Trump. Il est vrai que plusieurs traits physiques apparaissent comme des marqueurs du président étasunien : la cravate rouge et la mèche blonde peroxydée. Autant de traits ayant valeur de symboles. A ces traits physiques s’est ajoutée la grosseur.

La figure du cochon a généré l’obésité. La caricature l’exagère à l’excès. De là le glissement sémantique vers la gourmandise. Le mot est faible pour décrire les images. Trump ne mange pas, il se goinfre. Comme un cochon. Il se goinfre non de mets délicats mais de junk food, de hamburgers bien gras, dégoulinants de sauce tomate. On pense bien sûr, à la mise en scène de Trump employé d’un McDonald’s servant des frites. La communication de Trump s’est retournée contre lui-même et devient un objet de moquerie « grasse ».

Le cercle de la métaphore du cochon est bouclé. Dans tous les sens du terme, Trump se gave. Salement, comme le cochon qu’il est !

Le « portrait » physique renforce la charge des critiques de sa politique.
La violence des comparaisons et des métaphores peut nous sembler dépasser les bornes communément admises de la caricature politique. Notre culture politique nous amène à condamner toute forme de violence en politique, violence dans les mots, violence des images. Nous suivons la règle non écrite qu’on ne s’en prend pas au physique. Le champ sémantique du cochon colle à Trump comme le sparadrap aux doigts du Capitaine Haddock. J’y vois un signe parmi d’autres de la différence entre notre culture politique et la culture politique des Américains.

Par ailleurs, la violence des caricatures raconte en creux la violence de la politique de Trump telle qu’elle est comprise par les citoyens des Etats-Unis.
Nous pouvons en voir une autre illustration dans les représentations satiriques de Trump en femme. Une femme obèse bien sûr, laide et ridicule.
Comme nombre d’observateurs, je suis choqué que pour se moquer d’un homme on le transforme en femme.
Certes, le procédé n’est guère nouveau et je dirais même qu’il a beaucoup servi, ici et ailleurs. Il n’en demeure pas moins, à mes yeux, condamnable. Son utilisation, sa récurrence a un sens. Les critiques de la politique de Trump empruntent plusieurs chemins, celui de la réfutation, de l’analyse et de l’argumentation et celui de l’attaque ad hominem, volontairement simpliste voire vulgaire. Les effets sont différents comme le sont les publics visés.

Au-delà des images caricaturales créées par l’IA, il convient de voir de quoi elles sont le signe. Elles illustrent le feu qui couve d’une incroyable violence faite au peuple américain. Reste à voir si cette sourde violence se traduira aux élections de novembre, les Midterms, par une volonté de changement politique.