Murmure, Red hot

Le duo d’artiste, Murmure, nous propose une installation murale au Pavillon du Carré de Baudouin à Paris dans le 20ème arrondissement.
Le projet a été initié en 2020 pour l’exposition Rouge et Noir à la galerie LJ à Paris.
Son propos était d’explorer une couleur, « le rouge chaud, flamboyant et électrique ». Après une exposition à la Lorin Gallery de Los Angeles en 2021, une première toile présentée aux 4 saisons de la galerie Mazel en 2023, le projet a évolué et Red hot en est une illustration particulièrement remarquable.

Murmure explique la genèse de son intervention. Elle est le fruit d’un « bienheureux » hasard. Lors d’une résidence à Naxos en Grèce, une tempête de sable a bloqué nos deux artistes. Cette tempête a inspiré des dessins et la fresque murale qui est l’objet de mon billet.

La fresque est un panoramique. Il est composé de cinq scènes qui forment un continuum. Les scènes bien que juxtaposées ne forment pas un récit. Le « regardeur » discerne plus qu’il ne voit un pick-up, l’éblouissement de phares d’automobiles, deux véhicules, un personnage debout, des arbres, une grange, une habitation.
Les « objets » représentés n’ont qu’une importance relative. Le « regardeur » comprend qu’il s’agit d’une tempête et que les contours des images des objets représentés sont perçues à travers le prisme de la diffraction des grains de sable. Nous comprenons qu’il s’agit d’une vision marge d’un paysage balayé par la furie du vent.
La fresque de Murmure n’est pas un paysage.

Les artistes ne recherchent pas pas à copier un paysage naturel. Leur recherche est tout autre : il s’agit de créer une image dynamique d’une tempête de sable.

Le « regardeur » attentif ayant eu éventuellement l’expérience d’une tempête de sable s’étonne que le chromatisme des scènes ne soit pas un camaïeu de jaunes, d’ocres et de noir. Les teintes attendues ont été remplacées par un rouge qui envahit l’œuvre et des jaunes filtrés par la matérialité du sable et des noirs profonds. L’ensemble est saisissant. Le « regardeur » ne voit pas vraiment les « objets », il les devine plutôt. Ce qu’il voit est une scène apocalyptique qui génère une émotion.
Murmure réussit une gageure, mettre le « regardeur » face au vertige du chaos. Face à la fin d’un monde.

Notre duo décline avec brio le thème du Rouge et du Noir. Il renonce à la copie du réel pour proposer des images qui nous émeuvent et nous alertent.
Dans un entretien, Murmure évoque les objectifs de son projet artistique : « De manière générale, nous souhaitons aborder des problèmes sociétaux, des absurdités que nous constatons. Nous ne tenons pas à réaliser un travail purement esthétique. Nous souhaitons que l’œuvre en elle-même mais également l’environnement urbain dans laquelle on la place, aient un sens. Nous envisageons notre travail d’artistes comme étant un travail de mise en exergue des problèmes sociétaux et ce, de manière onirique et poétique. »
Le commentaire des deux artistes trouve un écho dans mon expérience personnelle. J’ai découvert leur fresque au mois de juillet pendant la canicule. Je l’ai interprétée comme une allégorie de ce que nous vivions si douloureusement. J’y voyais une préfiguration de l’enfer d’un monde dévoré par le feu.

La signification que je donnais à l’œuvre était assurément une erreur mais une erreur, en fait, pas si éloignée de la vérité. La fresque nous met en garde contre les exécutifs qui n’ont pas pris suffisamment en compte les graves conséquences du réchauffement climatique. Les tempêtes de sable comme la multiplication et l’ampleur des canicules en sont des signes qui rendent évidentes la réalité des choses. En ce sens, Red hot est une œuvre politique. Une œuvre qui vient à point nommé nous inviter à une action résolue en faveur de l’écologie.


Les photographies sont du rédacteur.