Quentin Duroux, Lorelei

Juillet 2026, l’association « Les arts fleurissent la ville » a invité Quentin Duroux pour peindre le mur de la rue des Cascades dans le 20ème arrondissement de Paris.
L’artiste nous donne à voir une fresque surprenante.
C’est une scène nocturne qui représente deux personnages qui se font face. A droite de la composition, une jeune et fort jolie jeune femme assise joue de la flûte. Elle a les yeux clos. Un jeune homme assis dans une barque lui fait face. Il tient une lanterne dont la lueur se reflète dans l’eau calme. Il écoute la mélopée dans un profond silence. Les deux personnages encadrent un paysage maritime. De longs promontoires plongent dans l’onde. Le bleu de la nuit est entamé par le reflet de la lune et celui d’une antique lanterne. Les deux personnages, l’homme et ma femme, sont habillés du même vêtement ; sa couleur orange renvoie la lumière et tranche sur le bleu profond qui baigne la scène.

©Richard Tassart
©Richard Tassart

Quentin Duroux a donné un titre à sa fresque : Lorelei.
Explicitement, elle fait référence à la légende de la Lorelei qui est un des mythes les plus célèbres du folklore rhénan. Cette figure de Lorelei a été popularisée au 19ème siècle par le romantisme allemand. Dans sa version initiale, Lore Lay, est une jeune femme accusée de sorcellerie parce qu’elle envoûte les hommes qui croisent son regard. Jugée et condamnée par son évêque, elle doit rejoindre un cloître dans lequel elle sera enfermée. En chemin, comme une ultime faveur, elle demande à regarder une dernière fois un rocher surplombant le Rhin. En voyant dans l’eau du fleuve le reflet du château le dominant, elle croit apercevoir son amant. Alors, elle se penche et tombe dans les eaux tumultueuses du fleuve et s’y noie.

La scène peinte par Quentin Duroux reprend des éléments de la légende : la jeune femme et son amant, les yeux clos afin de ne pas ensorceler son bien-aimé, le fleuve, les reflets dans l’eau du Rhin.
L’artiste substitue à la légende triste et cruelle des amants séparés et de la mort une scène onirique de bonheur partagé. Gageons que la jeune femme joue pour son bel amour et que celui-ci écoute dans le silence de cette nuit sur l’eau du Rhin le chant mélancolique de la flûte. Ils sont séparés certes, elle sur la rive du fleuve et lui sur les eaux apaisées du fleuve, mais ils partagent un moment de bonheur. Ils sont séparés et ensemble, seuls au monde.
La légende de Lorelei a fait florès portée par le mouvement romantique sturm und drang qui s’est centré sur d’autres aspects de la légende, la sorcellerie, la mort, la malédiction.
La fresque de Quentin Duroux n’est pas une énième illustration de la légende noire de Lorelei. C’est bien davantage une relecture d’une Lorelei d’avant la chute, avant le terrible jugement qui la sépare de son amant, avant la mort.
La fresque hérite de l’atmosphère de la légende. Les bleus sombres, les gris et les noirs qui dominent sont ponctués par les fulgurances des reflets et d’une seule source de lumière. Le contrejour joue un rôle de transformation du chromatisme ; les couleurs sont réduites à des ombres fantomatiques et inquiétantes.
Certes Quentin Dutroux s’est inspiré de la légende Lorelei. Il en a gardé la magie du mystère et l’ombre de la mort qui plane sur les eaux calmes du Rhin.

©Richard Tassart
©Richard Tassart