Street art et intelligence artificielle

Syed Azam Naqvi se définit comme un « créateur digital ». C’est un « artiste visuel » basé à Seattle dans l’État de Washington aux Etats-Unis. Il crée des œuvres picturales qu’il met en ligne sur les réseaux sociaux. À vrai dire, ses œuvres (dont je donne dans cette chronique deux exemple) n’éveillent guère mon intérêt. Si ce n’est une série diffusée voilà plusieurs mois. Les images créées par l’artiste représentent des œuvres de street art.

Ces images générées par l’intelligence artificielle et diffusées dans des groupes dédiés au street art ont été généreusement « likées ». Et c’est cette adhésion qui, aujourd’hui, m’interroge. Il est possible voire probable que certains « regardeurs » aient pris ces créations digitales pour d’authentiques fresques d’art urbain bien que l’artiste ait indiqué que ses images ont été créées par l’IA.

Reste une interrogation sur le statut de ces images.
Elles sont assurément des créations et leur production relève d’un projet artistique. Syed Azam Naqvi utilise l’IA comme un outil pour créer à partir d’une idée une image. Je ne vois guère de raison pour lui dénier un statut de créateur.

Là où le bât blesse est qu’il crée des images qui sont censées reproduire des fresques de street art. Or, je considère que l’œuvre d’art urbain ne peut se limiter à son image. Elle demeure une copie fantasmée du réel. Les fresques peintes, les collages etc. ont une matérialité qui, à mon sens, concoure à leur valeur plastique.

J’apprécie comment un street artiste a su résoudre les difficultés liées à la nature du support, j’accorde beaucoup d’attention aux rapports qu’entretiennent les œuvres avec leur environnement, j’observe attentivement sa réalisation (est-elle peinte à la bombe aérosol, à la brosse, avec des techniques mixtes etc.) L’œuvre ne se résume pas à l’image qu’elle crée. Elle condense et rassemble des techniques mises au service d’un projet artistique.

Je tire de cette considération une conséquence. L’image créé par l’IA est une création plastique mais n’est pas, à mon sens, une œuvre d’art.
J’ai le sentiment, qu’au fond, Syed Azam Naqvi partage mon point de vue et qu’il n’a pas la prétention de créer des œuvres d’art. Les images de pseudo-œuvres de street art qu’il crée sont un divertissement, une manière de questionner notre rapport aux œuvres in-situ.
Il ne demeure pas moins qu’elles sont intéressantes et pourraient être utilement utilisées par des street artistes comme un carnet de croquis pour préparer la réalisation d’œuvres en milieu urbain. Dans cette hypothèse, l’IA serait une aide précieuse pour l’élaboration d’une œuvre. Une œuvre d’art !