Médias, « Les nouveaux chiens de garde ».

Les médias n’ont pas bonne presse. Et ça ne date pas d’hier ! Bien avant ce qu’il convient d’appeler « La crise des gilets jaunes », les Français ont manifesté leur manque de confiance dans leurs médias, presse écrite et audiovisuelle, de moultes manières. D’abord, par un boycott inorganisé des dits médias. Les journaux se vendent de moins en moins, tout comme les magazines et le transfert de ces médias papier vers la presse numérique n’explique pas tout. De la même manière, les jeunes regardent de moins en moins la télévision et quand ils la regardent ce n’est pas pour voir des programmes d’information. Changement d’usage dira-t-on, fossé des générations, émergence d’Internet. Certes, mais en matière d’information, jeunes et vieux ne font plus confiance à leurs habituels médias. Tous les sondages le montrent et le démontrent : une des causes profondes de la désaffection de la presse est le manque de confiance

Dès le début de la crise des gilets jaunes, les médias ont été l’objet de nombreuses critiques. Certaines chaînes de télévision mettaient l’accent sur la « casse ». Avec complaisance, ils montraient les chaussées dépavées, le matériel urbain vandalisé, les vitrines brisées, mettaient en avant le coût des dommages, donnaient bien davantage la parole aux détracteurs du mouvement qu’aux Gilets jaunes eux-mêmes. Les prises de vue des photographes et des cameramen « grossissaient » l’événement, pour le dramatiser. C’est hyper simple à faire et ça peut rapporter gros. Tu gardes comme premier plan les flammes d’un feu de poubelle, en second plan tu fais le point sur les manifestants dans la fumée des lacrymos, tu montres les visages masqués de jeunes gens qui jettent des projectiles sur les forces de l’ordre. Tu prends la précaution de te mettre du côté des flics, un bon téléobjectif et clic clac, c’est dans la boite, tu as un chouette cliché de scènes d’émeutes, d’insurrection, de révolution. Avec un poil de retouche, tu peux la vendre un max ! Tes clichés de milliers de manifestants pacifiques, de ronds-points occupés, de Gilets jaunes blessés… Et bah, mon pote, tu les gardes ! Tu connais quelqu’un que ça intéresse ? Les photographies spectaculaires, les scènes de violence ont été le fonds de commerce de pas mal de journalistes. Photos, films, interviews, reportages sont des objets qui se vendent et qui s’achètent, qui s’inscrivent dans un commerce des sources.

S7TH VIXI, Black Lines, rue D’Aubervilliers.

Tout est question d’équilibre, dans l’autre fléau de la balance qui penche toujours du même côté on mettra quelques témoignages de retraités, de mère célibataire. Seulement, à part quelques histoires personnelles émouvantes, dans ce dosage inégal, les spectateurs retiendront la violence des manifestants, les menaces sur la République, la crainte de la prise du pouvoir soit par la droite extrême soit par l’extrême gauche, le coût pour la France c’est-à-dire pour ceux qui regardent, et, ne surnageront que quelques raisons du « mécontentement » des Français. Évacuées les causes profondes ! Et zou !

Cette mise en récit des événements, en a effarouché plus d’un mais de nombreux Gilets jaunes conscients des grosses ficelles, ont compris le rôle que jouaient les médias dans la relation de la crise. La colère contre les acteurs de cette information pipée, piégée, ont été nommément désignés et quelque peu chahutés.

Les médias qui avaient déjà une image dégradée se sont dans leur traitement de la crise des Gilets jaunes déconsidérés. Les réseaux sociaux ont rempli un espace désormais vide, celui de l’information. Instruments de liaison entre les Gilets jaunes, ils sont devenus, je dirais malgré eux, des vecteurs de l’information.

Les street artists, souvent Gilets jaunes, eux-mêmes, ont réagi à cette crise de confiance. Les événements Black Lines en fournissent quelques exemples. Les artistes ne disposent que de deux outils qu’ils ont utilisé avec talent : la création d’images et la création de très courts textes.

 De manière plus allusive, l’œil des médias était au bout des lanceurs de défense. Façon raccourcie de montrer la collusion entre forces de l’ordre et médias.

Les médias ont été qualifiés de « chiens de garde » et des portraits de molosses, toutes babines relevées et dents montrées, illustraient cette qualification.

 De manière plus allusive, l’œil des médias était au bout des lanceurs de défense. Façon raccourcie de montrer la collusion entre forces de l’ordre et médias.

Itvan K. a peint un écran montrant un militaire aux ordres et un manifestant brisant l’écran. Vince a représenté un regard en dimensions XXL, sans lettrage. Une image terrible pour dire à ceux qui fabriquent l’info : « Nous vous avons à l’œil ». Martin Péronard et Brice Du Dub dans une remarquable collaboration ont illustré une allégorie : Trump et Kim Jong-un connectant toutes les télés du monde pour affermir leur pouvoir. Mickaël Péronard a réalisé une magnifique fresque montrant un homme de profil aveuglé par la lumière des écrans de télévision, le reste de son corps, sans tête, le surmontant. Une citation célèbre titre l’œuvre : « Du temps de cerveau disponible ».

 Lask crée un petit personnage dont la tête est un écran de télé. Mais l’image attendue a été remplacée par le masque d’Anonymous. Image frappante de la prise de pouvoir. Sun-C peint une main brisant une télécommande de téléviseur. Ernesto Novo, a illustré à sa manière une société totalitaire qui en contrôlant les médias contrôle les Hommes. « Big brother is watching you », référence au chef d’œuvre d’Orwell, “1984”, Orwell qui savait ce que dictature veut dire.

Ce ne sont que quelques exemples de productions de street artists qui avec leurs armes, des images et des mots, ont dénoncé une presse aux ordres des puissants et du pouvoir en place. Des œuvres de combat pour aider à la prise de conscience, pour dire que « la vérité est ailleurs » et que les médias doivent être questionnés. Interroger les sources, les vérifier dans un moment où la fabrication des fake news est un boulot d’officines qui ont pignon sur rue, nommer les choses par leur nom (regardons de près comment sont nommés les « bavures » policières), aux images du pouvoir opposer d’autres images.

Les street artists ont apporté un contrepoint salutaire au mainstream de l’info. Est-ce la raison de la censure ? (la réponse est dans la question)

« Le premier qui dit la vérité, il sera exécuté », Guy Béart.

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