RNST, un manifeste de la manifestation

C’est une histoire de mur.
Bien sûr, il y a mur et mur. Le mur qui est l’objet de ma chronique est un mur bien particulier.
Depuis 2023, le mur de la rue du Sahel à Paris est consacré à la défense des droits humains. En partenariat avec la Ville de Paris, le mur est mis à la disposition d’Amnesty International France. La fresque peinte par le pochoiriste RNST cette année est une défense du droit de manifester.

Les pochoirs de RNST sont des illustrations de manifestations. Plusieurs portraits montent des femmes dont le bas du visage est masqué, le bras levé et le poing brandi.
Ces superbes portraits encadrent une scène curieuse située au centre de la composition : un petit garçon masqué sous le couvert d’un parapluie se protège. L’espace sous le parapluie est baigné d’une lumière jaune dorée qui contraste avec les bleus soutenus et les noirs du second plan.

La composition de la fresque est complexe : un deuxième plan qui a une fonction de décor représente des « forces de l’ordre » chargeant les manifestants, des nuages de fumées et des fulgurances jaunes, blanches et noires transforment symboliquement le lieu de la manifestation pacifique en champ de bataille.
C’est dans cet arrière-plan de tumulte qui surgissent les portraits des manifestants en premier plan. L’enfant peint au centre de la fresque suscite l’émotion du « regardeur ». Il se place en retrait de ce monde de cris et de fureur, s’abritant de la violence de la scène. RNST rythme sa composition de courts écrits qui complètent et renforcent la référence aux diverses manifestations qui ont marqué l’histoire récente : « Black lives matter », « On se bat ensemble/On gagne ensemble », « Liberté de manifester », « Rebellion against extinction ».

On ne peut plus clairement, la fresque est une défense et illustration du droit à manifester. Les manifestants sont des figures héroïcisées de la Liberté. Elles portent un message de lutte, de solidarité et de justice. Des forces obscures les combattent. L’enfant est une figure « lumineuse » de paix.
Il est symptomatique que les messages de lutte pour les droits soient portés par des femmes. Comme il est symptomatique que la répression soit exercée par des hommes. Un sous-texte qui dit autrement la mesure des combats des femmes.

Sans ambiguïté, la fresque de RNST est politique. Interrogé sur le rôle de l’art dans la défense des droits humains, l’artiste avec modestie et lucidité donne des clés pour mieux cerner l’objet de son travail : « Être dans l’espace public implique d’être dans la rencontre de l’autre, par le biais d’une image. Mes pochoirs sont revendicatifs, ils racontent une histoire et s’inscrivent en rupture avec la pensée dominante. Pour moi, l’art peut être un moyen d’emmener le public vers un changement de chemin et apporter de la douceur et de la poésie autour de sujets d’actualité. »
Je souscris et je signe. Nonobstant quelques réserves sur le rôle politique des images dans l’espace politique. RNST, à n’en pas douter, avec sincérité et talent, crée des images qui s’inscrivent puissamment dans un imaginaire des luttes sociales.